—Jurez-le! aimable femme, jurez-le, tandis que je suis à vos pieds.... ah! je vous en conjure.

—Je le jure solemnellement, répéta Mathilde, en posant sa main sur l'épaule du jeune homme, et tenant l'autre élevée au ciel. Je te promets au nom de l'Eternel, de ne jamais divulguer ton secret, mon ami, de ne le dire à qui que ce soit!

—Mathilde, je te remercie, et Léonardo se relevant, embrassa sa belle maîtresse. Les larmes lui roulaient dans les yeux. Je te remercie de tout mon cœur, car je ne survivrais pas à la découverte de mon secret!

—Mais tu viendras à Venise avec moi, cher Léonardo?

—Oh Mathilde! mon père n'y demeure-t-il pas? comment hazarder de m'y montrer, il m'y saurait bientôt.

—Vous ignorez donc, cher ami, que le marquis est mort il y a trois ans? cet événement et ses suites ont cependant fait assez de bruit. Aucun de vos parens n'habite Venise maintenant.

Léonardo n'avait entendu que ces mots: le marquis est mort. Une douleur profonde le saisit: il médita ... puis dit ensuite, mon dieu, je vous remercie! Une larme mouilla sa joue. Il regarda Mathilde avec un calme affecté. Dites-moi, s'il vous plait, comment cet événement est arrivé.... Je sens que je puis vous entendre.

La Florentine parut extrêmement touchée de l'air sombre du jeune homme. Elle en frissonna, et lui détailla avec tristesse ce qui avait eu lieu, donnant à son récit, quoique exact, la plus grande brièveté possible.

—O malheureuse mère! s'écria-t-il; la mesure de tes crimes a donc été comblée? adieu, adieu pour jamais maintenant, la considération, le bonheur de tes enfans: tu les as totalement perdus! Il n'osait plus parler à Mathilde; il se croyait trop humilié à ses yeux, pour lui demander de prendre part à sa douleur. La tête baissée, les joues humides et rouges de honte, il restait dans une immobilité parfaite.

—Et? mon aimable ami, tu ne veux pas me suivre à Venise, dit-elle, en lui serrant la main et le regardant avec tendresse.