En ce moment Léonardo assis auprès de Thérèse, lui rendait les baisers qu'il en recevait et telle était encore leur attitude. Alors marchant d'un pas ferme et décidé, Mathilde s'avança vers Léonardo et le saisit parle bras. Il eut tellement peur à la vue d'une femme qui avait acquis sur son être le pouvoir le plus illimité, qu'il ne put résister à une action aussi décisive. Il parut même honteux de sa faute, et humilié sous la force de ses regards. Il se trouvait coupable en ce moment, c'est pourquoi ne fesant aucune défense, et la Florentine lui tenant toujours fermement le bras, il céda à ses volontés, Strozzi sortit de l'appartement en lançant à Thérèse des regards qui lui dépeignaient bien ce qu'elle avait dans l'âme, et enmena son captif.

En retournant chez elle, Mathilde observa le plus grand silence. Léonardo voulut deux ou trois fois parler, mais sa langue glacée resta immobile, et ses lèvres tremblèrent. Il songea aux moyens d'appaiser sa maîtresse offensée. Celle-ci gardant toujours le silence le plus sombre, se jetta sur un sopha, et se couvrant le visage de ses mains, elle resta absorbée dans ses pensées.

Léonardo ne put soutenir plus long-tems cette scène terrible; il parut profondement affecté. Le souvenir du bonheur dont il avait joui avec Mathilde, revenait à sa pensée avec une brûlante ardeur: il se répentait de sa conduite envers celle qu'il adorait toujours. Thérèse ne lui était plus rien; au contraire, il la maudissait pour l'avoir brouillé avec celle à qui il croyait tout devoir. N'étant pas plus long-tems maître de lui, il courut se précipiter à ses pieds en les embrassant, et versant une abondance de larmes. C'était ou l'artificieuse Florentine l'attendait; car, quoique Léonardo fut extrême en tout, elle le savait sensible et espérait le voir revenir de lui-même sur une faute qu'il avait commise. Elle se défendit dont d'irriter par le reproche celui qu'un appel à son cœur ramenait naturelment.

«—O Mathilde! maîtresse autant adorée qu'aimable, pardonne, pardonne-moi, je t'en conjure. Je sens, oui je sens que c'est toi seule que j'aime.—Ah! pardonne à l'esclave de tes charmes.... Mathilde, par pitié, regarde-moi!»

La Florentine ne répondit pas un mot.

—Quoi, pas une parole?... eh bien! vous vous taisez.... Vous voulez donc ma mort.... (Il tira son stilet.) J'ai vécu trop long-tems, je le sais ... l'existence m'est affreuse.... J'aurais dû y renoncer plutôt ... (Il fit un mouvement comme pour se percer.) Vous le voulez....» Mathilde sauta sur lui, et arrachant le poignard, le jetta à quatre pas. Le jeune homme était toujours à ses pieds. Mathilde regarda sa figure enchanteresse avec un nouveau plaisir, et l'amour revenant l'assaillir avec force elle dit: «Levez-vous, jeune homme.»

Cette voix le ranima, et se levant, il la serra impétueusement dans ses bras.

La Strozzi lui rendit son embrassement, puis lui dit soudain: «Apportez-moi ce stilet.» Cette demande surprit Léonardo, mais il obéit à l'ordre impérieux de sa belle.

Elle prit l'arme de ses mains, puis ajouta d'une voix sévère:—Est-il bien vrai, Léonardo, que vous m'aimez?

—S'il est vrai, belle Mathilde!