—Donnez-moi ce poignard.
—Vous consentez donc à verser le sang de la séductrice Thérèse?
—Je ... Je ... j'y consens!...
—Et à me rapporter ensuite ce poignard fumant encore?
Tout ... tout ... je ferai tout ce que vous voudrez, dit en gémissant l'infortuné Léonardo. Je vous aime, cruelle Mathilde.... Oh! n'est-ce pas trop vous aimer que de se rendre assassin pour vous plaire? Oui ... Thérèse va périr ... et c'est à cause de vous.
La Florentine jetta le stilet avec violence au bout de l'appartement, et ouvrit ses beaux bras à Léonardo aveuglé: il tomba à moitié sur son sein.
—Je te pardonne, s'écria-t-elle: oui, je te pardonne maintenant, Léonardo. J'avais besoin, après ta cruelle infidélité, de m'assurer si tu m'aimais encore.... Je le conçois à présent et je suis toujours ton amie.
—Oh! jamais je ne cesserai de t'adorer, Mathilde, répondit l'insensé, pendant que les larmes baignaient son visage.
—Je l'espère, mon ami.... La belle Strozzi regardait sa victime avec orgueil. «J'espère que tu ne commettras plus une pareille faute.» Et elle lui sourit d'un air fin et gracieux.
Tel était pourtant l'empire fatal qu'une misérable créature avait obtenu sur un cœur novice, et susceptible de meilleures qualités. En s'attachant à une femme aussi intrigante, Léonardo avait perdu toute son énergie avec cette fierté d'âme qui auparavant l'avait distingué. Il fuyait alors jusqu'au moindre souvenir du passé, et lorsque la raison voulait se faire entendre, il l'éloignait pour se laisser aller progressivement aux plus épouvantables crimes. Hélas! Léonardo autrement dirigé, eut peut-être été l'honneur de sa race, et la gloire de son sexe.