«Elle ne meurt pas, dit tous bas Victoria.»
Zofloya ne répliqua point; mais, se jetant sur l'infortunée, il lui serra le gosier de ses deux mains, et quelques cris de désespoir à moitié formés se perdirent dans le râle de la mort. Alors, se levant d'un air tranquille, il posa le doigt sur ses lèvres, et montrant le côté du château, il disparut précipitamment.
Victoria comprit le signe; et, sans être effrayée ni fâchée du crime qui venait d'être commis, elle se sauva également au château, et appela du secours. Les gens accoururent de tous côtés, et quand elle les eut informés de la terrible catastrophe arrivée à la Signora, ils se hâtèrent d'aller à l'endroit où elle avait eu lieu. Bérenza même, tout épuisé qu'il était, voulut se rendre spectateur d'un événement qui n'était que le précurseur de sa mort. La pauvre petite Lilla, presque folle de douleur, se tordait les mains en voyant sa parente sans vie; car c'était bien alors qu'elle devenait orpheline et privée tout-à-fait de famille dans le monde!
«Injuste Lilla, lui dit Henriquez en s'efforçant de l'arracher à un spectacle si triste, n'avez-vous pas un amant, un ami qui n'existe que pour vous?»
Lilla ne répondit point. Les larmes arrosaient ses jolies joues, et son cœur était gros de soupirs. Henriquez parvint à l'entraîner, et Victoria, les voyant s'éloigner ensemble, sentit la colère dévorer son sein.
Tout le monde crut que la vieille dame était morte d'un coup de sang. Quelques-uns dirent que l'air avait trop pris sur ses organes débiles.
D'autres que les convulsions l'avaient étouffée, tandis que les gens pieux attribuèrent sa mort à la providence, qui avait permis sa fin pour l'enlever à des infirmités qui ne pouvaient guères la laisser aller plus loin. Personne en un mot ne soupçonna la véritable cause de cette mort tragique, qui n'avait eu de témoins que ses acteurs, qui l'avaient exécutée sous les ombrages où elle avait été tramée.
[CHAPITRE V.]
Quelques jours se passèrent après la mort funeste de la pauvre Signora, pendant Lesquels Victoria, faisant usage, à son grand déplaisir, du poison lent, (le maure lui avait refusé obstinément la dernière dose) sentit son impatience aussi bien que son amour augmenter. Alors elle chercha à s'entretenir encore avec le noir, complice de ses crimes. Ce fut un soir où rien n'était convenu entr'eux, qu'elle courut après Zofloya. La fureur du mal était si forte en elle, que rien ne pouvait l'arrêter. Le malheureux Bérenza vivait toujours, et c'était l'obstacle à ses souhaits. Sa mort! sa mort seule pouvait la satisfaire.