«Expliquez-vous, Zofloya.»

«Elles sont vives et hardies; elles me prouvent que votre génie a du rapport avec le mien, et que vous méritez véritablement mes services. Cette assurance est faite pour me plaire.»

«Mais, qui vous donne ce pouvoir de lire dans mes pensées?»

Zofloya se mit à rire, en la regardant d'un œil perçant. «Je les lis toutes, belle Victoria; et ces joues colorées, ce regard errant, font preuve de ce que je dis.»

«Victoria soupira profondément, et sentant la justesse de l'observation, elle n'alla pas plus loin.

Le maure rusé avait cherché à détourner son attention par des insinuations mystérieuses, mais ce ne fut pas pour long-tems; ses sensations reprirent plus de force, et tout le reste lui paraissait mériter peu qu'elle s'en occupât.

«O Zofloya, tu es réellement un homme divin, mais tu viens de me surprendre dans un accès d'humeur, et si tu ne me tires de là, je suis perdue.»

«Ne vous désespérez donc pas, dit-il en prenant hardiment sa main, et faites-moi connaître comment je puis servir mieux mon estimable maîtresse, et lui prouver tout mon zèle.»

«Ah! Zofloya, je t'ai cédé; j'ai obéi à tes conseils, à ta volonté, et si tu m'eusse laissée faire, je serais libre maintenant.»Un regard sévère du maure réprima son impétuosité, et elle acheva plus doucement, «Bérenza vit encore; il est toujours là pour mettre obstacle à mon bonheur; cependant, tu sais combien l'impatience me dévore. Mon sang bouillonne dans mes veines desséchées: un feu dévorant me consume. La rage, le désespoir, accablent mon amour trop retardé. Homme sensible et obligeant! je te demande en grâce ... oui, je t'en supplie, achève l'existence d'un être qui n'est plus que l'ombre de lui-même, que le néant environne; et puisque tout est fini maintenant pour lui, délivre-le des tourmens qu'il endure, et me rends le bonheur.»

Elle s'arrêta; le maure la regarda alors avec des yeux si étincelans, qu'elle fut obligée de baisser les siens, quoiqu'attendant impatiemment sa réponse.