»Victoria, dit-il enfin, avec un accent mielleux, je n'aurais pas cru que dans le délire fantasque de votre esprit, vous vous fissiez l'idée que je refuserais en la moindre chose d'accomplir vos souhaits: soyez assurée que votre bonheur et le but de vos espérances m'occupent seuls. Quand nous essayames le poison sur la vieille tante de l'orpheline Lilla, qui en perdit la vie sur le champ, je vous le demande, eut-il été prudent d'en faire aussitôt l'essai sur le comte? quel soupçon terrible en fut résulté! et ne mettait il pas le terme à vos vues? si la nécessité nous a forcés à laisser passer un peu de tems, nous n'ayons rien perdu pour cela, car il ne s'est pas écoulé un jour qui n'ait rapproché votre époux du tombeau; vous avez tort de croire qu'il ne soit pas totalement épuisé, et je vous garantis que le moindre effort maintenant, peut jetter son corps anéanti, dans les bras de la mort. Je vous réponds du succès, et d'un succès fort prompt; le Comte mourra, et sans prononcer un seul mot, comptez là dessus, belle Victoria, et ayez une confiance entière en mes paroles....»

»Ah! si vous aimez à me servir, bon Zofloya, dit elle, ravie de ce qu'elle venait d'entendre, pourquoi ne pas montrer plus d'empressement quand vous me voyez, et attendre que ce soit moi qui vous prévienne? pourquoi ne pas finir de suite mes tourmens par quelque plus grande adresse de votre esprit?»

»Je ne vais pas au-devant de vous, parce que mon plaisir et mon triomphe augmentent en voyant que vous me cherchez. Je réponds volontiers à vos souhaits, mais je m'empresse davantage, quand c'est vous qui m'engagez à les remplir ... outre ce, je pense qu'il n'y a pas de mal de retarder un peu les choses....»

»Mon dieu, Zofloya, ne me parlez pas ainsi: pourquoi, pourquoi ce délai.»

»Toujours, pour mieux éluder le soupçon.»

»Vos craintes me feront mourir, Zofloya....» Le maure fronça le sourcil d'une manière si terrible, que Victoria se hâta d'ajouter: »de grâce, point d'humeur; finissez seulement l'affaire, et vous pouvez être assuré de mon éternelle reconnaissance dans tout ce que vous exigerez ensuite.»

»Eh bien, dit le maure, dont les beaux traits furent dilatés par un doux sourire, je ferai ce que vous me demandez, et vous sauverai de plus des conséquences qui résulteraient de votre empressement et de mon zèle. Ce soir, éloignez d'autour de vous tout ce qui pourrait porter ombrage.»

»Ce soir ... quoi, ce soir, Zofloya?»

»Oui, ce soir, d'ici à une heure, vos désirs seront remplis, et je me charge du reste.»

»O maure! combien je te remercie! dit Victoria, en prenant sa main d'ébène et la pressant contre son cœur.