»Autrefois, la religion de Bouddha n'existait pas dans cette contrée. Ce fut dans la 4e des années Ta-ming, du règne de Hiao-wou-ti des Soung (458 de J.-C.) que cinq Pi-khieou ou religieux du pays de Ki-pin (Cophène) allèrent au Fou-sang et y répandirent la loi de Bouddha; ils apportèrent avec eux les livres et les images saintes, le rituel et instituèrent les habitudes monastiques[31], ce qui fit changer les mœurs des habitans[32]

KLAPROTH.

A l'appui de ses idées, M. De Guignes a aussi traduit un autre passage du Nan-szu, qui donne la route, par mer, de la Corée au pays de Ta-han. M. Klaproth traduit également ce passage, et il dit, en le rectifiant sur quelques points: «On partait alors de Ping-yang, ancienne capitale des Coréens, sur la côte ouest de ce royaume; on cotoyait cette presqu'île, et après une navigation de 12,000 lys, on arrivait au Japon. De là, une route de 7,000 lys vers le nord amenait au pays de Wen-chin, ou des hommes peints, tatoués; et enfin, après une navigation de 5,000 lys vers l'Orient, on atteignait le pays de Ta-han,» pays où M. Klaproth, à tort avons-nous dit, voit seulement la grande île Saghalien.

Mais en appliquant à ce routier par mer la même échelle de lys que lui a donnée la distance de Persépolis à Sy-ngan-fou, M. de Paravey trouve en effet 5,000 lys au nord-est, entre les Bouches de l'Amour, ou la fin de l'île Saghalien, pays de Wen-chin de ce routier, et la pointe sud du Kamtchatka, ou du Ta-han; et il trouve également 7,000 lys au nord entre Iedo, capitale du Japon, et ces mêmes Bouches de l'Amour.

Le routier est donc exact entre ces deux parties; et s'il compte d'abord 12,000 lys par mer entre le Japon et la capitale de la côte ouest de la Corée (ce qui est évidemment une trop grande distance), c'est qu'en allant au Japon on allait d'abord toucher aux îles Lieou-kieou, qui sont en effet situées à 5,000 lys du Japon, et 7,000 de la Corée; on faisait ce détour ou bien on comptait ici de très petits lys; mais le Ta-han, n'en est pas moins le Kamtchatka. Et, dans toutes les hypothèses, le Japon, ici indiqué par son nom, pays parfaitement connu, n'a pu renfermer le Fou-sang comme le veut M. Klaproth[33].

7 mars 1844.

Cher de PARAVEY.

NOTES EN BAS DE PAGE:

[11] Voyez Mémoires de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, vol. XXVIII, p. 505 à 525.

[12] Ce sont les Nian-eul-szu, ou les 22 historiens, dont les ouvrages forment une collection de plus de 600 volumes chinois, et qu'il ne faut pas confondre avec les Annales intitulées Thoung-kian-kang-mou, qu'on connaît en Europe par le maigre extrait que le P. Mailla en a donné en 12 volumes in-4o.