Si donc, sur un globe terrestre, on prend une ouverture de compas, entre la capitale Sy-ngan-fou, celle de la Chine alors, et Schiras ou Persépolis, capitale du Po-sse ou de la Perse, et qu'on reporte, à partir de Sy-ngan-fou, cette distance vers le nord-est, on doit atteindre la partie sud du pays de Kamtchatka, et c'est ce qui a lieu, en effet, avec une grande exactitude.
La valeur des lys est donc fixée, en grand, pour cette époque; de sorte que le tiers de cette ouverture représentera 5,000 lys, et qu'en les joignant aux 15,000 lys qui forment l'ouverture entière, on obtiendra d'une manière exacte, la distance de 20,000 lys, que la relation du Samanéen affirme exister à l'est, entre le pays de Ta-han et celui de Fou-sang, d'où il venait d'arriver.
A partir de la pointe sud du Kamtchatka, qui répond à ce pays de Lieou-kouey ou de Ta-han, portant alors vers l'est, sur le globe en question, l'ouverture de compas de 20,000 lys, on devra donc, si le Fou-sang est l'Amérique, atteindre au moins la côte ouest de ce nouveau continent, côte qui dès longtems abordée par les Asiatiques, a été, par une sorte de fatalité, la dernière explorée par les Européens. Or, c'est ce qui arrivera, en effet, et ce qui confirme, à la fois, les conjectures de Buffon, et les assertions, appuyées de cartes encore peu exactes, qu'avait émises M. de Guignes; car on parviendra ainsi au nord des Bouches de la Colombia, et non loin de la Californie.
Ce savant ne pouvait alors, parvenir à la même précision que nous; puisque, nous le répétons, les positions exactes des côtes nord-ouest de l'Amérique vers les îles Aléoutes, et même celles du pays du Kamtchatka, n'étaient pas encore bien rigoureusement établies; mais il n'en a eu que plus de mérite à reconnaître le premier, la valeur des lys pour cette époque, et à retrouver ainsi, dans les Géographies trop peu consultées de la Chine, des pays aussi nouveaux pour nous, que l'étaient alors le Kamtchatka et ce vaste continent d'Amérique, connu de tout tems par les peuples explorateurs de l'Asie Centrale, mais qui ne nous a été révélé que bien tard par le génie admirable et persévérant d'un illustre génois.
A l'aide de ces mêmes livres conservés en Chine, et qu'il est honteux pour les Européens, de ne pas avoir traduits encore, depuis plus d'un siècle qu'ils les possèdent, nous pourrions montrer que la Méropide d'Elien[5] n'était elle-même aussi, que l'Amérique du Nord; car l'invasion chez les Hyperboréens, dont parle cet auteur, ne peut avoir eu lieu, que du nord de l'Amérique, au Kamtchatka et aux rives du grand fleuve Amour, contrées où les anciens livres de la Chine font vivre une foule de peuples, dont les noms, en Europe, sont à peine connus en ce jour, bien que très curieux et tous significatifs.
Dès les tems les plus reculés, ayant reçu sans doute, des colonies de la Grèce et de la Syrie, ces heureux Hyperboréens, envoyaient au temple d'Apollon, à Délos, des gerbes du blé récolté par eux.
Hérodote et Pausanias nous nomment les peuples qui, de main en main, faisaient parvenir ces offrandes en Grèce; et, quand on combine ce qu'ils en disent, avec les notions sur ces mêmes peuples, qu'offrent les livres chinois, on acquiert facilement la conviction que le véritable pays des Hyperboréens, c'est-à-dire, des peuples du nord-est, ne pouvait être situé ailleurs que sur le fleuve Amour et vers la Corée, contrées à alphabet, très anciennement civilisées ou colonisées.
Par ces Hyperboréens, en rapport avec les nations féroces de l'Amérique du nord, nations que décrit Elien sous le nom de Machimos ou de guerriers, les Grecs des tems anciens, qui avaient porté la culture des céréales sur les rives de l'Amour, devaient donc avoir des notions sur ce Fou-sang ou monde oriental, vaste continent, qui, du côté de l'ouest, exploré par les Phéniciens de l'Égypte, et ensuite, par les Carthaginois, avait reçu le nom d'Atlantide.
L'imagination fleurie des Asiatiques avait pu broder bien des fables sur ces relations d'un monde si éloigné, et où l'on n'abordait pas sans courir de très grands dangers; mais les monumens si curieux de Palenqué dans le Guatimala, et ceux non moins importants qu'a dessinés M. de Waldeck, dans le Yucatan, démontrent positivement ces rapports antiques de l'Asie Centrale, des Indes et de l'Égypte à l'Amérique ou à la Méropide, véritable pays de Fou-sang.
Le Chan-hai-king, antique géographie mythologique de la Chine, le Li-sao et d'autres livres chinois débitent aussi des fables sur la vallée de Tang-kou ou des Eaux chaudes, d'où le soleil paraît sortir, se levant ensuite dans le pays de Fou-sang, où croissent des mûriers d'une hauteur prodigieuse; ils disent que les peuples du Fou-sang mangent les fruits de ces mûriers pour devenir immortels et pouvoir voler dans les airs, et que les vers à soie de ces arbres, énormes aussi, se renferment dans des cocons monstrueux de grosseur.