La troisième et dernière dignité était, à Bogota, celle des TI-THUA, chefs des bourgs et tribus; or, en japonais comme en chinois, on sait que tay signifie grand et chef, et que tayou, est un des titres d'honneur du djogoun, titre appliqué encore aux chefs des tribus du nord-est extrême de l'Asie, et du nord-ouest de l'Amérique.
On a d'ailleurs en japonais, gilo, pour le titre de chefs des bourgs et de ceux qui font payer le tribut comme le faisaient les tithuas à Bogota: gito a pu très-facilement se transformer en tito, titua.[34]
Enfin il existait au Japon comme à Bogota, quatre familles principales et les plus distinguées parmi les quatre-vingts familles primitives, dont les noms sont conservés, et forment la noblesse japonaise.
M. de Paravey fait observer ici que cette tradition de quatre-vingts familles primitives, est purement arabe; car d'Herbelot affirme qu'au lieu de supposer huit personnes dans l'arche qui s'arrêta sur le mont Djioudi, en Mésopotamie, les Arabes et le Coran en font sortir quatre-vingts, qui repeuplèrent en premier lieu cet antique centre de toute civilisation, la Chaldée, la Babylonie et l'Assyrie.[35]
Quoi qu'il en puisse être sur ces quatre-vingts familles, voici, d'après M. de Humboldt et le P. Rodriguez, les noms des quatre premières chez les Muyscas, où elles élisaient le grand pontife d'Iraca, ou le Dairi de Bogota; et chez les Japonais, où elles possédaient les principales charges.
| MUYSCAS. | JAPONAIS. |
| Humboldt, tome II, p. 225. | Rodriguez, p. 111. |
| 1o Gameza | 1o Ghen ou Ghem. |
| 2o Pesca | 2o Fei ou Pei. |
| 3o Toca | 3o To. |
| 4o Busbanca | 4o Kit. |
Or l'on voit encore dans ces noms propres, sauf le dernier, une analogie assez remarquable, ce semble.
Quant aux noms de lieux, il est évident que Sogamozo, autre nom du séjour du grand pontife de Bogota, fondateur d'Iraca, se trouve presque en entier dans Sagami, une des soixante-six provinces actuelles du Japon,[36] tandis que le nom Iraca, est encore usité au Japon, aussi-bien qu'en Chaldée, dans les noms de rois et de familles nobles, gos-IRACA-wan-yn, 77e roi, régnant en 1160[37] et f-IRAKOU-gho, famille noble.
Il est évident aussi que Yamana, nom de famille,[38] a de grands rapports avec Yemen, Yeman, nom de l'Arabie-Heureuse (ou pays de la Main droite).
Il est clair que le nom de famille Masakado (R. p. 110) a quelque analogie avec celui des moscas de Bogota, comme aussi les noms de pays japonais, Moutsou et Mousasi (p. 124), et les noms de famille, Masou, Masa, Motsi (p. 110), en ont avec le nom de la tribu des Mozos, du plateau de Bogota, que cite M. de Humboldt (p. 222).