On pourrait multiplier ces analogies; citer encore au Japon le pays TsiKOUYEN, et à Bogota la tribu des Guanes; et enfin la contrée japonaise (p. 125), nommée Nagato, nom évidemment très-voisin de celui de Bogota.
Ces analogies de noms de pays et de familles, ont aussi certainement leur importance, et on a cru devoir les indiquer. M. de Humboldt cite également la rivière FUNzhe, qui formait dans les premiers tems un lac immense du plateau de Bogota, et en japonais Fun ou Foun est un des noms de famille, et foung ou foun signifie boue ou lac boueux.[39]
Mais il faut encore examiner d'autres noms non moins importans, ceux qui tiennent au culte, et que voici:
Les prêtres des Muyscas, ayant souvent des masques d'animaux symboliques, comme ceux que portaient les prêtres égyptiens, se nommaient Xéques, suivant M. de Humboldt; et M. de Paravey, d'après le père Rodriguez, cite (p. 125) une secte religieuse du Japon, nommée Soke; il observe que (p. 106) saghéo, saighio est en japonais le nom des livres contenant les vies des religieux ou des prêtres; que gikai veut dire[40] observance de la règle, de sorte que Xéque ici voudrait dire: régulier, homme soumis aux règles, c'est-à-dire, religieux ou prêtre.
Il observe même que l'un des noms de l'homme barbu, civilisateur des Muyscas, le nom de Bochica, a de singuliers rapports avec les noms Fo et Che-kia, du fondateur célèbre du bouddhisme, religion très-anciennement portée à la Chine, puis au Japon, et qui y subsiste conjointement avec le culte des astres; suivant M. Titsingh, un des résidens hollandais en ce pays.[41]
Or, en ce dernier pays, le nom de Fo, se prononce Bou et Bo et même Bouppo, et son nom de famille Che-kia, où il serait possible de voir le titre Scheik des Arabes avec une finale ia, se prononce chaka; le nom de Bochica des Muyscas serait donc formé de la réunion des deux noms du célèbre Fo, Bochaka ou Bochica, et la classe des xéques serait celle des sectatateurs de Che-kia, ou du scheik arabe qui a dû fonder cette secte antique, dans l'Inde et dans le Fou-sang des livres chinois, c'est-à-dire, en Amérique.
Mais ce mystérieux Bochica, type et fils du soleil, se nomme aussi Sua ou Zuhé, nom du soleil chez les Muyscas; tandis que sa femme, non moins célèbre, se nomme Chia, du nom de la lune, où elle est censée exister, et aussi Huythaca ou Huethaca, Guethaca, suivant M. de Humboldt.
Or, précisément la lune se nomme gouat ou guet, guets dans Rodriguez et Thunberg (Vocabulaire japonais), c'est-à-dire, qu'elle a le même nom que chez les Muyscas, à la finale près, GUET-haca, Huet-haca.
Le nom du soleil, Sua, nom qui, écrit Sué, signifie blanc, se retrouve évidemment prononcé joua, joue, dans les mots japonais JOUAki, il fait jour, et JOUki, neige, c'est-à-dire, blanc; adouci en Sou, il a aussi en japonais, comme dans une foule d'autres langues, le sens de Seigneur, de Dieu, et se retrouve évidemment dans le sanscrit Souria, soleil, mot très-voisin du japonais siroï ou suroï, blanc.
Le dimanche ou jour du soleil, se nomme à la vérité nitie-yo, en japonais, mais le lundi s'y appelle gouet-yo, où apparaît encore le nom muyscas GUET ou huethaca, et il est à remarquer que les jours de cette semaine des Japonais, comme de celle des Indiens, répondent précisément aux mêmes planètes que les nôtres.