Or, vingt s'exprime par oguei en basque, et en muyscas ce nombre se dit gué, qui signifie une maison, contenant sans doute vingt personnes communément. Cette identité de son est remarquable, mais elle n'est pas la seule; car un, qui se dit fito en japonais, d'où on peut facilement tirer fato, et fata, et bata, ce qui signifie homme, être humain, (comme le signifie aussi tse, premier caractère cyclique en japonais et en chinois,) se dit ata en muyscas, et bat en langue basque: il y a donc encore ici analogie de sons dans ce nombre, chez les trois peuples.
Il en est de même pour le nombre bi ou deux chez les Basques, bis des Latins, prononcé bo, bus, bos, et donnant le bosa des Muyscas, nom du nombre deux, et le fouta des Japonnais, nombre deux également; puisque l'on sait qu'au Japon et partout, le B se change en F, le T en Ts, de sorte que fouta a pu devenir foutsa, boutta, boso; Ni, d'ailleurs, exprime aussi deux en japonais,[16] et ce ni est évidemment le bi des Basques et notre bis, le N et le B se permutant.
Ainsi l'on a déjà trois noms de nombre pareils chez ces trois peuples si éloignés, et les deux derniers tiennent évidemment au primitif alphabet hébreu, chaldéen, sabéen, type de tous les autres, et commençant, on le sait, par A et B, Ata, Bosa.
On ignore comment se disait en langue chib ou chibcha, c'est-à-dire, chez les Muyscas, une rivière, un ruisseau ou torrent; mais en japonais, ce nom est gawa ou kawa.[17] En basque, le nom des torrens se dit gave, et la ville si pittoresque de Pau est célèbre, non-seulement par sa vue si magnifique des Pyrénées, mais aussi par son gave rapide, qui semble rouler des diamans; il y a donc encore ici identité de mots entre les deux langues. Or, d'où pourrait venir ce rapport, si ce n'est des colonies parties également de la Chaldée, premier séjour des hommes après le déluge, et d'où Hérodote rapporte que sont sortis les Phéniciens, tige des Carthaginois et des Basques.
En persan ancien et moderne, c'est-à-dire, vers la Chaldée, ab ou av, est le nom de l'eau, et de là le nom de Darius ou Darab, exposé, dit-on, sur les eaux, dans son enfance; l'aqua des latins n'en est qu'une modification régulière, le V se changeant en gu et qu. Enfin, jusque dans la Nouvelle-Zélande elle-même, où existe un peuple au visage aquilin, aux formes d'athlète, au caractère énergique, intrépide sur mer, comme les Basques et comme les Japonais, peuple chez qui certainement ont aussi pénétré les Arabes et les Sabéens,[18] ce nom gave ou gawa se retrouve; car une rivière s'y dit awa, d'après le célèbre capitaine d'Urville, page 31, 2e partie, de ses utiles et nombreux vocabulaires de l'archipel océanique.[19]
M. de Paravey cite donc encore ici un nom qui se retrouve à-la-fois en Europe, dans l'Océanie et dans les îles du Japon, et dont l'origine est purement chaldéenne ou persanne, et il pense que pour l'histoire des peuples, des mots pareils équivalent aux médailles les plus authentiques.
Quant au nom même de la nation des Muyscas ou Moscas, il observe que leur nom diffère très-peu de celui que portent encore les Basques en Europe et chez leurs voisins; et il remarque en outre que M. de Humboldt cite (p. 225) le nom Pesca, comme celui d'une des quatre familles principales de Bogota, familles antiques, ayant le droit d'élire le grand pontife d'Iraca; mais les Basques ou Vascons, entr'eux et dans leur langue, se nomment aussi Escualdonac, Escualdoniens; on voit donc qu'ils se glorifient de leur origine chaldéenne, chalédonienne, et que peut-être le peuple vif et spirituel de l'ancienne Calédonie ou de l'Ecosse actuelle, ne leur est pas étranger.
Au reste, d'autres noms encore sont communs aux Basques et aux peuples de Bogota; en basque, on trouve fréquemment les noms de Marca et de Comarca, terme qui en portugais offre le sens de Seigneurie, District, et l'empire de Bogota se nommait, on le sait, Cundin-Amarca; dans la Nouvelle-Grenade, était l'ancien peuple que Maltebrun nomme Angamarca. Au Pérou il y avait un lieu nommé Caxamarca, célèbre par la mort de l'inca Atahualpa; les Antilles, ou pays des Caraïbes, ont été nommées aussi insulæ Camercanæ, nom qui rappelle la Camargue, pays des Phocéens.
M. de Paravey, à cette occasion, fait observer que les Basques, non moins habiles sur mer que les Phocéens, sont cités pour avoir été les premiers naviguer dans les mers du nord et vers l'Amérique, et qu'à Terre-Neuve, la terre de Baccaléos porte encore le nom basque et italien de la morue. Il cite l'histoire de Bayonne, qui montre cette ville antique, si florissante dans sa navigation lointaine, que le roi d'Angleterre, plus d'une fois, s'abaissa jusqu'à la supplier de lui prêter ses flottes.
Il rappelle que le code des lois maritimes d'Oléron, antique ville non loin de Pau, dans les Basses-Pyrénées, est aussi célèbre de nos jours, que le fut celui des Rhodiens dans l'antiquité, et qu'un commerce actif a toujours eu lieu et subsiste encore entre cette ville d'Oléron et Cadix, primitive colonie phénicienne.