Enfin, il remarque que l'art de travailler le fer et les métaux est aussi cultivé chez les Basques que chez les Japonais; et cite, dans les îles Lieou-kieou, au sud-ouest du Japon, des peuples aux traits arabes, au turban, aux habits rayés comme les Arabes, comme eux portant la barbe, et qui n'ont pu y venir de la Chine, où ce costume n'existe pas, non plus que la barbe.
Et ici il rapporte qu'il a connu à Londres des anglais instruits, qui, ayant été de Canton dans le Fo-kien, sur la côte sud-est de la Chine, y ont vu le peuple nommé Tchin-Tcheou, peuple navigateur et intrépide, formant sur cette côte sud-est une population en regard du Japon, très-nombreuse, et de plus de 20 millions d'habitans, et qui diffère en tout des Chinois, soit par son dialecte, que l'on nomme la langue tchin-tcheou ou chin-cheou, soit par ses traits aquilins, soit par son intrépidité, analogue à celle des Japonais et des Basques.[20]
Enfin, il renvoie à la relation du voyage de deux Arabes à la Chine, relation dont le manuscrit existe à Paris, traduite et publiée par le docte abbé Renaudot, et qui nous peint les Chinois à l'époque de l'an 851 de notre ère, comme étant encore à demi-barbares, et mangeant de la chair humaine, mais qui dès-lors étaient visités par des nuées de marchands arabes, juifs et sabéens, venant exploiter les riches produits du sol fertile du prétendu empire céleste; et il peint ces Arabes comme étant en si grand nombre, que dans les ports de la Chine se trouvait, en tout tems, un cadi de leur nation, chargé de leur rendre la justice.
Ainsi, les Arabes, les Chaldéens, les Juifs, les Sabéens, affluaient alors à la Chine par mer, et sans doute pénétraient aussi au Japon, et se mêlaient à ses habitans indigènes et de race tartare, tandis que par terre ils arrivaient également dans les contrées ouest de la Chine, remplies même en ce jour de musulmans,[21] qui de ces contrées lointaines font parfois encore le pélerinage de la Mecque.
Or, ce qui s'était fait alors, avait dû se faire aussi au tems où les Arabes de Saba en Arabie-Heureuse, de la Mecque et de l'Irak, sous le nom d'Ismaélites et de Nabathéens, étaient encore idolâtres.
Ce fut alors qu'ils portèrent leur culte des astres, leur langue, leur calendrier, leurs cycles, et en Chine sur la côte sud-est, et au Japon, et en Corée.[22]
Ce fut alors que leurs nombreux navires durent éprouver des tempêtes dans les mers si orageuses de la Chine et du Japon, et être jetés sur la côte ouest des deux Amériques. Valentyn, Kæmpfer (t. 1, p. 59) et Kotzebue tout récemment, citent des jonques japonaises qui ont été portées en Amérique par des tempêtes, ou y ont été envoyées en découverte, y ont séjourné, et ont su, de nos jours même, revenir de là au Japon.
Ainsi, et seulement ainsi, a pu arriver dans l'Amérique du Sud, et sur le plateau de Cundin-Amarca, l'antique Bochica, fils et image du soleil, Sua, et aussi nommé Sué, c'est-à-dire, l'homme blanc, nom que reçurent pareillement Quesada et ses compagnons, quand ils découvrirent ces contrées; nom qu'on applique encore aujourd'hui, à Bogota, aux européens ou asiatiques du Caucase.
C'est de la même manière qu'a dû arriver dans le Mexique le célèbre Quetza Cohuatl, civilisateur des Aztèques, homme également dit blanc, vêtu de noir, et portant sur ses habits des croix rouges, et dont l'infortuné Montezuma croyait les Espagnols issus, quand ceux-ci vinrent attaquer son empire. C'est encore de la même manière que put arriver dans l'Amérique du sud Amalivaca qui civilisa les Tamanaques.
D'autres civilisateurs purent aussi venir du centre de l'Asie, mais par terre en grande partie, soit en gagnant l'Amérique, par le Kamtchatka et les îles du détroit de Béringh, soit par la Corée, les îles Kouriles, et les îles Aléoutes, qui se prolongent jusques vers le nord de la Californie.