Mais si, d'après les détails que donne M. de Humboldt, le cycle de dix jours était, chez les Muyscas aussi-bien qu'au Japon, l'élément formateur des mois de trente jours et des cycles de soixante ans, il importait fort, comme le firent M. Siébolt et M. de Paravey, de comparer ce cycle de dix jours des deux côtés. Or, le voici chez ces deux peuples:
| EN MUYSCAS, LANGUE CHIB.Humboldt, p. 230. | EN JAPONAIS, LANGUE SEW A.Rodriguez, p. 19. | |
| Le 1er jour | Ata | Fifitoi. |
| Le 2e jour | Boz-ha | Fouts-ka ou Bouts-ka. |
| Le 3e jour | Mi-ca | Mi-ka. |
| Le 4e jour | Mhuy-ca | Iok-ka. |
| Le 5e jour | His-ca | Its-ka. |
| Le 6e jour | Ta | Mouï-ka. |
| Le 7e jour | Cuhup-qa | Nanou-ka. |
| Le 8e jour | Suhuz-ha [28] | Io-ka ou Tats-ka. |
| Le 9e jour | A-ca | Kon-o-ka. |
| Le 10e jour | Ubchihi-ca | Too-ka ou To-ka. |
Il est remarquable ici, observe M. de Paravey, que la finale ka, numérale des jours en japonais, se trouve aussi dans presque tous ces noms en muyscas, soit sous la forme ca, qa, ou sous celle de l'aspirée ha.
Il est non moins remarquable que le premier jour, Ata en muyscas, et Fifitoi en japonais, ou même encore Tsouitats, variante que donne M. Klaproth,[29] soient également des deux côtés privés de cette finale ca, ou ka, qui termine les autres nombres.
Et quant aux identités, celles des 2e, 3e, 5e, et 9e jours sont trop évidentes pour être discutées; kon-OKA, en japonais pour le 9e jour, renfermant aca ou oka, qui en est l'abréviation en muyscas.
Le 1er jour lui-même, qui a pu se dire ito, aussi bien qu'ata, en muyscas, n'est qu'une abréviation du Fif-ITO-i, japonais, et se trouve également compris dans Tsou-ITA-ts, autre nom du 1er jour.
Le 10e jour, ubchihica, diffère fort, il est vrai, du too-ka, japonais; mais (p. 20) Rodriguez nous apprend ici que dix pièces de monnaie s'expriment par ippiki, en japonais, et que ce nom s'emploie comme finale des nombres pour compter de dix en dix. Ubchihi-ca, écrit ipchiki, pourrait donc en dériver, puisqu'il exprime ici dix, ca étant d'ailleurs le nom du jour, ou sa numérale dans ubchihica. Cependant, M. de Humboldt traduit ce nom par lune brillante, et la lune se dit tsou-ki, et a pu se dire touki, tooki en japonais; il y a donc eu ici traduction de l'idée.
Il en est de même pour le nombre six, qui est ta en muyscas, et signifie récolte, dit M. de Humboldt; mais en japonais, mougui, devenu facilement mou, signifie également blé, céréale récoltée; il y a donc encore eu évidemment traduction ici. M. de Paravey soupçonne que le 4e, le 7e et le 8e jour offrent également des traductions des symboles hiéroglyphiques qui répondaient à ces nombres; mais il manque de dictionnaires japonais, où il puisse chercher le son des idées qui répondent à ces hiéroglyphes chez les Muyscas.
Il existe dans toutes les langues plusieurs mots très-différens pour exprimer la même idée, ou des idées très-voisines, et ici les Muyscas ont conservé les sons japonais, dans les 1ers, 2e, 3e, 5e et 9e jours, tandis qu'ils ont pris pour les autres nombres d'autres mots, mais des mots équivalens des idées complexes qu'ils offraient; idées expliquées par M. de Humboldt, quand il nous apprend que ce cycle servait aussi à compter, outre les trois décades du mois et les phases de la lune, les mois eux-mêmes, les époques des récoltes, des labours et des autres travaux de l'année.