Déjà (p. 238), en supposant que ata doit signifier eau, et remarquant que son hiéroglyphe est une grenouille, suivant les Muyscas eux-mêmes, M. de Humboldt observe que la grenouille, ou le tétard, type de l'homme naissant, suivant les Egyptiens et les Chinois, de l'enfant,[30] du commencement, du nombre un par conséquent, répond, comme il est très-vrai, au premier caractère Tse de l'un des cycles chinois usités au Japon, celui des heures, lequel sert aussi bien à compter que celui des jours.
En effet, ce nom ata ou ada est encore celui de la grenouille chez les Abazes du Caucase, et s'est même conservé chez nous dans le nom de têtard, qui a des rapports éloignés, mais certains avec le Thoth, nom du premier mois égyptien.
Dans le nom tsouïtats, du premier jour des Japonais, entrent les deux mots, Souï, eau et tats, dragon, ou têtard, animal des eaux et à quatre pattes.
Mais fifitoi, autre nom du premier jour japonais, offre fitoi ou Fito, homme, et la particule Fi, privative, suivant Rodriguez, de sorte que ce nom exprime alors pas encore homme, non homme, enfant naissant, enfant, dont le type naturel est le têtard de grenouille en hiéroglyphe, symbole mal compris par Diodore de Sicile, lorsqu'il fait dire aux sages égyptiens que, dans les tems anciens, les hommes étaient sortis du limon de leur fleuve sacré, le Nil; or cet enfant naissant est, avec le caractère figuratif des eaux célestes d'où il semble descendre, l'hiéroglyphe Tse, du nombre un, dans le cycle chinois et japonais des heures et des jours.
Il y a donc eu ici encore traduction de ce symbole à double sens. Aussi tous ceux qui ont quelque notion de l'écriture toute symbolique des Chinois, savent que le caractère yng, femme enceinte, où se voit la femme et son ventre proéminent, s'écrit indifféremment avec la clef tse des enfans, ou la clef mong[31] des grenouilles ou têtards.
Déjà dans son Essai, publié en 1826, M. de Paravey avait montré ces frappantes analogies entre les cycles chinois et japonais, et celui des Muyscas: déjà il avait observé, notamment, que l'hiéroglyphe du cinquième jour, Hisca, qui offre le soleil et la lune en conjonction, suivant les Muyscas, était également celui de la cinquième heure, chin, en chinois, heure signifiant aussi conjonction du soleil et de la lune.
De telles analogies sont démonstratives, ce semble, puisqu'elles forment une série suivie, et supposent des idées astronomiques et symboliques fort compliquées, que le hasard seul ne peut produire chez des peuples distincts. On peut consulter M. de Humboldt à ce sujet.
Mais ces analogies numériques sont bien loin d'être les seules entre les Japonais et les Muyscas.
Si l'on examine les noms qui expriment les dignités civiles et sacrées, on retrouve d'abord des deux côtés un pontife suprême et un chef militaire, comme aussi une division en quatre familles principales, et en familles nobles, et familles du peuple.
Ici, M. de Paravey s'occupe de ces noms de dignités, et de ces quatre familles, et trouve de nouveaux rapports assez sensibles entre ces deux peuples.