Oh! si elle pouvait savoir ce que je souffre, ma peine la toucherait. Je la connais sensible; elle a le cœur excellent et j’ai mille preuves de son amour. Trop de timidité, quelque embarras, elle est si jeune! et sa mère la traite avec tant de sévérité! Je vais lui écrire; je me contiendrai; je lui demanderai seulement de s’en remettre entièrement à vous. Quand même elle refuserait encore, elle ne pourra pas au moins se fâcher de ma prière et peut-être elle consentira.

Vous, mon ami, je vous fais mille excuses et pour elle et pour moi. Je vous assure qu’elle sent le prix de vos soins, qu’elle en est reconnaissante. Ce n’est pas méfiance, c’est timidité. Ayez de l’indulgence, c’est le plus beau caractère de l’amitié. La vôtre m’est bien précieuse et je ne sais comment reconnaître tout ce que vous faites pour moi. Adieu, je vais écrire tout de suite.

Je sens toutes mes craintes revenir; qui m’eût dit que jamais il m’en coûterait de lui écrire? Hélas! hier encore c’était mon plaisir le plus doux.

Adieu, mon ami; continuez-moi vos soins et plaignez-moi beaucoup.

Paris, ce 27 septembre 17**.


LETTRE XCIII

Le Chevalier DANCENY à CÉCILE VOLANGES.

(Jointe à la précédente.)

Je ne puis vous dissimuler combien j’ai été affligé en apprenant de Valmont, le peu de confiance que vous continuez à avoir en lui. Vous n’ignorez pas qu’il est mon ami, qu’il est la seule personne qui puisse nous rapprocher l’un de l’autre; j’avais cru que ces titres seraient suffisants auprès de vous; je vois avec peine que je me suis trompé. Puis-je espérer qu’au moins vous m’instruirez de vos raisons? Ne trouvez-vous pas encore quelques difficultés qui vous en empêcheront? Je ne puis cependant deviner sans vous, le mystère de cette conduite. Je n’ose soupçonner votre amour, sans doute aussi vous n’oseriez trahir le mien. Ah! Cécile!...