Enfin, quand nous fûmes tous réunis, nous entendîmes comme la veille l'appel des trompettes et des tambours. Nous nous attendions à voir paraître le fiancé; mais quant à cela beaucoup ne l'ont jamais vu.

C'était encore la vierge d'hier, vêtue entièrement de velours rouge et ceinte d'un ruban blanc; une couronne verte de lauriers paraît admirablement son front. Sa suite était formée, non plus de lumières, mais d'environ deux cents hommes armés, tous vêtus de rouge et de blanc, comme elle. Se levant avec grâce, elle s'avança vers les prisonniers et, nous ayant salués, elle dit brièvement: «Mon maître sévère est satisfait de constater que quelques-uns parmi vous se sont rendus compte de leur misère; aussi en serez-vous récompensés». Et lorsqu'elle me reconnut à mon habit elle rit et dit: «Toi aussi tu t'es soumis au joug? Et moi qui croyais que tu t'étais si bien préparé! ». Avec ces paroles elle me fit venir les larmes aux yeux.

Sur ce, elle fit délier nos cordes, puis elle ordonna de nous attacher deux par deux et de nous conduire à l'emplacement qui nous était réservé d'où nous pourrions facilement voir la balance; puis elle ajouta: «Il se pourrait que le sort de ceux-ci fût préférable à celui de plusieurs des audacieux qui sont encore libres».

Cependant la balance, tout en or, fut suspendue au centre de la salle; à côté d'elle on disposa une petite table portant sept poids. Le premier était assez gros; sur ce poids on en avait posé quatre plus petits; enfin deux gros poids étaient placés à part. Relativement à leur volume, les poids étaient si lourds qu'aucun esprit humain ne pourrait le croire ou le comprendre.

Puis la vierge se tourna vers les hommes armés, dont chacun portait une corde à côté de son épée et les divisa en sept sections conformément au nombre des poids; elle choisit un homme dans chaque section pour poser les poids sur la balance, puis elle retourna à son trône surélevé.

Aussitôt, s'étant inclinée elle prononça les paroles suivantes:

Si quelqu'un pénètre dans l'atelier d'un peintre,
Et sans rien comprendre à la peinture
A la prétention d'en discourir avec emphase,
Il est la risée de tous.

Celui donc qui pénètre dans l'Ordre des Artistes
Et, sans avoir été élu,
Se vante de ses ouvres,
Est la risée de tous.

Aussi, ceux qui monteront sur la balance
Sans peser autant que les poids,
Et seront soulevés avec fracas
Seront la risée de tous.

Dès que la vierge eut achevé, l'un des pages invita ceux qui devaient tenter l'épreuve à se placer suivant leur rang et à monter l'un après l'autre sur le plateau de la balance. Aussitôt l'un des empereurs vêtu d'un habit luxueux, se décida; il s'inclina d'abord devant la vierge et monta. Alors chaque préposé posa son poids dans l'autre plateau et l'empereur résista à l'étonnement de tous. Toutefois le dernier poids fut trop lourd pour lui et le souleva, ce qui l'affligea au point que la vierge même parut en avoir pitié; aussi fit-elle signe aux siens de se taire. Puis le bon empereur fut lié et remis à la sixième section.