Dès que les cercueils furent posés dans les navires, toutes les lumières s'éteignirent. Et les six flammes naviguèrent par delà le lac; dans chaque vaisseau l'on ne voyait plus qu'une petite lumière en vigie. Alors quelque cent gardiens s'installèrent près du rivage et renvoyèrent la vierge au château. Celle-ci mit tous les verrous avec soin; j'en conclus aisément qu'il n'y aurait plus d'autres événements avant le jour. Nous cherchâmes donc le repos.
Et, de tous mes compagnons, nul que moi n'avait son appartement sur le lac; et seul j'avais vu cette scène. Mais j'étais tellement fatigué que je m'endormis malgré mes multiples préoccupations.
CINQUIÈME JOUR
Je quittai ma couche au point du jour, aiguillonné par le désir d'apprendre la suite des événements, sans avoir goûté un repos suffisant. M'étant habillé je descendis, mais je ne trouvai encore personne dans la salle à cette heure matinale. Je priai donc mon page de me guider encore dans le château et de me montrer les parties intéressantes; il se prêta volontiers à mon désir, comme toujours.
Ayant descendu quelques marches sous terre, nous nous heurtâmes à une grande porte en fer sur laquelle se détachait en grandes lettres de cuivre l'inscription suivante:
Je reproduis l'inscription telle que je l'ai copiée sur ma tablette.
Le page ouvrit donc cette porte et me conduisit par la main dans un couloir complètement obscur. Nous parvînmes à une petite porte qui était entrebâillée, car, d'après mon page, elle avait été ouverte la veille pour sortir les cercueils et on ne l'avait pas encore refermée.
Nous entrâmes; alors la chose la plus précieuse que la nature eût jamais élaborée apparut à mon regard émerveillé. Cette salle voûtée ne recevait d'autre lumière que l'éclat rayonnant de quelques escarboucles énormes; c'était, me dit-on, le trésor du Roi. Mais au centre, j'aperçus la merveille la plus admirable; c'était un tombeau précieux. Je ne pus réprimer mon étonnement de le voir entretenu avec si peu de soins. Alors mon page me répondit que je devais rendre grâce à ma planète, dont l'influence me permettait de contempler plusieurs choses que nul oeil humain n'avait aperçu jusqu'à ce jour, hormis l'entourage du Roi.
Le tombeau était triangulaire et supportait en son centre un vase en cuivre poli; tout le reste n'était qu'or et pierres précieuses. Un ange, debout dans le vase, tenait dans ses bras un arbre inconnu, qui, sans cesse, laissait tomber des gouttes dans le vaisseau; parfois un fruit se détachait, se résolvait en eau dès qu'il touchait le vase et s'écoulait dans trois petits vaisseaux en or. Trois animaux, un aigle, un boeuf et un lion, se tenant sur un socle très précieux supportaient ce petit autel.