Pendant deux jours je ne la vis point. Lorsque nous nous retrouvâmes, elle ne paraissait pas se souvenir de cette scène pénible.
La première semaine d’octobre commença. Les Maure partaient le 10. Le temps était d’une admirable douceur et la lune dans son second quartier permettait de prolonger encore les soirées sur la terrasse. Un jour, une amie de ma mère s’invita à dîner. Ma mère envoya un mot à madame Maure, pour lui demander de venir avec sa fille et sa nièce. Le soir, je fus surpris de voir arriver madame Maure et Henriette seules. Gertrude un peu souffrante s’était couchée. « Enfin, pensais-je, j’aurai l’explication attendue depuis si longtemps. » Mais après-dîner Henriette refusa de quitter le salon pour s’asseoir avec moi sur la terrasse. A la demande de ma mère elle fit de la musique, puis resta près des dames et je fus obligé de me mettre dans le cercle.
J’étouffais de fureur. En moi-même j’avais déjà rompu avec Henriette, je ne reverrais de ma vie cette fille insensible. Qu’elle parte et le plus tôt possible ! Cependant, je m’absorbais dans un silence farouche.
Vers dix heures, nos visiteurs se levèrent. L’amie de ma mère offrit à madame Maure et à sa fille de les ramener dans son coupé. Madame Maure, fatiguée, accepta. Mais le vieux coupé, très étroit, n’avait que deux places et Henriette, par politesse, se crut obligée de dire :
— Nous allons vous gêner beaucoup, madame.
Alors, par une décision subite inexplicable, je m’avançai, pris la main d’Henriette dans l’ombre et, la lui serrant fortement pour briser toute résistance, je dis à madame Maure :
— Je raccompagnerai Henriette par le bois. Nous arriverons presque aussitôt que vous.
Henriette, stupéfiée par la pression de ma main, hésita avant de parler.
Déjà madame Maure de la voiture me jetait :
— Si cela ne vous ennuie pas, il sera excellent pour elle de marcher un peu. Elle est si paresseuse.