Quelques minutes plus tard, il ne restait personne dans la salle à manger.

§ III. La Lettre

Lorsque Ariane entra dans sa chambre, elle vit la lettre de son père au milieu de la table et reconnut son écriture appliquée. La lettre était recommandée. Elle haussa les épaules.

Avant de la lire, elle se déshabilla des pieds à la tête et jeta sur une chaise la robe brune d’uniforme. Elle défit ses cheveux châtains qui étaient longs et fournis, elle passa un peignoir léger, prit la lettre et s’étendit, les pieds nus, sur le divan.

La lettre commençait ainsi :

« Ma chère fille, en réponse à ta lettre du 10 de ce mois (cette formule d’affaires amena une grimace sur son frais visage), je te fais savoir mes projets. Il ne me convient pas que tu entres à l’Université. Nous avons, sans toi, assez de femmes déclassées en Russie. Tu es intelligente, tu emploieras ton intelligence dans ton ménage, à élever tes enfants. J’espère que tu te marieras prochainement. Notre ami, Pierre Borissovitch, dont tu te souviens sans doute, a gardé de toi le meilleur souvenir et son désir le plus vif est de t’épouser. Comme tu le sais, c’est un garçon sérieux, qui pourra t’assurer la vie la plus agréable. Il a, en outre, une position de premier ordre dans les affaires, et je puis répondre de lui comme de moi. Je vais pour un mois aux eaux du Caucase. Quand je rentrerai à Pétersbourg en septembre, je compte sur toi. Nous passerons l’automne à Pavlovsk où Pierre Borissovitch a une charmante villa… »

Il y en avait quatre pages sur ce ton.

La jeune fille ne put lire plus loin. Elle froissa la lettre dans ses mains.

— Quel dégoût ! fit-elle.

Et elle la jeta dans un coin de la chambre.