— Il fait trop chaud pour vous ici. Vous vous trouverez mal. Allez donc prendre l’air, Nicolas.

Et, pour ne pas lui laisser l’alternative, elle passait dans la salle à manger où Olga Dimitrievna buvait du thé avec quelqu’un des familiers de la maison.

Nicolas s’enfuyait comme un ouragan, sans dire adieu à personne, sautait dans sa voiture et donnait l’ordre d’aller faire dix verstes à toute vitesse sur la chaussée. Par les soirées glacées d’hiver, il laissait alors sa pelisse ouverte et le cocher, de son siège, entendait le barine jeter des exclamations incompréhensibles dans la nuit.

— Le diable l’emporte ! entendait-il stupéfié. Je la tuerai !… Plus vite, plus vite !… Fille de chienne !… je t’adore !…


Ce soir-là pour la première fois de l’année, l’air était tiède comme en une nuit d’été. La voiture filait à vive allure et la jeune fille pelotonnée dans son coin, sous un grand manteau de soie noire qui cachait sa robe blanche, restait comme engourdie et ne sentait pas la pression du bras de Nicolas passé autour de sa taille. Le fin croissant de la lune brillait au couchant. Par moment, quand la route traversait un boqueteau d’acacias, l’odeur pénétrante des grappes en fleur enveloppait brusquement Ariane. Puis c’était le parfum plus subtil des prés aux herbes hautes qui s’étendaient des deux côtés de la chaussée. La douceur de l’atmosphère, la limpidité sombre du ciel criblé d’or, le « silence de la nature agissaient à la façon d’un baume sur les nerfs irrités de la jeune fille. Elle oubliait son compagnon ; elle ne pensait à rien ; elle goûtait, sans mot dire, le calme de ce beau soir.

Nicolas longtemps se tut. Il risqua enfin quelques phrases. Ne recevant pas de réponse, il s’enhardit et devint plus explicite. Il disait à Ariane que, dès aujourd’hui, elle était libre, qu’elle avait fini glorieusement et le gymnase et une période de sa vie. Rien ne s’opposait plus à la réalisation de projets médités depuis dix-huit mois ; il ne restait qu’à fixer la date prochaine de leur mariage. Au lendemain des noces que voulait-elle faire, voyager à l’étranger, rester dans sa propriété, aller en Crimée ?… Il attendait sa décision.

La jeune fille restait absorbée. Nicolas s’inquiéta :

— Répondez-moi, je vous en supplie, fit-il sur un ton anxieux.

Elle se tourna vers lui et, le regardant dans les yeux, elle dit :