— Je vous expliquerai à l’entr’acte. Merci.

Ariane réprima l’envie de rire qui la prenait et se tut.

Le rideau tombait sur la fin du premier tableau et la salle s’éclaira.

Le voisin reprit :

— Que pensez-vous de moi ? Mon ignorance est pourtant explicable. Je suis arrivé à Moscou aujourd’hui même ; comme je rentrais à sept heures à l’hôtel National, j’ai appris par hasard qu’on donnait Boris Godounof et je suis accouru.

— Mais vous n’aviez pas de place, fit Ariane intéressée malgré elle.

— Oh ! dit-il, en souriant, sachez qu’il y a toujours et partout une place pour moi. La caissière m’a repoussé, il est vrai, mais, dans le vestibule, une vieille femme, qui sans doute m’attendait, m’a offert le billet d’une personne malade. Voyez comme c’est simple.

— Et vous réussissez à toutes choses ainsi ?

— Sans doute.

Le rideau se levant sur l’entrée de Boris arrêta une conversation à laquelle l’un et l’autre prenaient plaisir.