A l’entr’acte, il y eut un grand remue-ménage dans la salle. Le voisin d’Ariane lui dit :

— Je meurs de faim, je n’ai pas dîné. Faites-moi la grâce de venir avec moi au buffet, car je sens que je ne puis me séparer de vous.

— Je ne suis pas seule, dit-elle : un étudiant m’accompagne. Il a passé vingt-quatre heures à faire la queue pour avoir deux billets, un à l’amphithéâtre, l’autre ici.

— Raison de plus pour nous sauver.

Ariane Nicolaevna le suivit.

Au cours de la représentation, ils firent tant de progrès dans la connaissance l’un de l’autre qu’au dernier entr’acte il lui proposa de la ramener chez elle. Elle objecta l’étudiant qui avait commandé à son intention une automobile. Puis, se ravisant elle dit :

— Au fond, ce sera une excellente leçon.

Et, à peine le rideau tombé, ils coururent comme deux écoliers en rupture de classe. Il proposa de souper. — Il ne pouvait en être question. — Il voulut prendre une voiture. — Elle s’y opposa. Elle avait décidé de rentrer à pied bien qu’elle habitât la Sadovaia, à une demi-heure du centre de la ville. Et les voilà pataugeant dans la boue et dans la neige fondue. Les trous dans le pavé, l’incertitude et les obstacles du chemin légitimaient l’offre, non refusée, d’un bras. Il la regardait tout en causant. Sur sa toilette de soirée, élégante et décolletée, elle avait endossé une grande houppelande noire et coiffé un étonnant petit chapeau de feutre mou qu’elle avait tiré, chiffonné, d’une des poches du manteau. Déjà, ils faisaient des projets.

— Puisque vous aimez la musique, dit-il, acceptez de venir entendre avec moi le Prince Igor, après-demain.

— Mais vous n’aurez pas de places.