— Est-ce qu’on a besoin de comprendre une femme ? On la prend, c’est le plus court.
Il eut un sursaut et resta une seconde interloqué. Puis, s’accordant au ton donné à la conversation par la vive remarque d’Ariane Nicolaevna, il lui dit l’incertitude où il était au sujet de son âge dès l’instant où il l’avait connue et qu’elle lui apparaissait tout à tour comme une gamine et comme une jeune femme à qui on n’en raconte pas.
Elle gardait un pli ironique aux lèvres et quand il eut fini, elle jeta simplement sur le ton d’un amateur qui applaudit un morceau à effet :
— Pas mal.
— Mais encore ? dit-il. Selon les heures, je parierais à chances égales pour dix-sept et pour vingt-cinq.
— Comme toujours, dit-elle, la vérité est entre les deux.
Et la conversation dévia.
Un peu plus tard, comme ils achevaient de souper et qu’à travers la cloison du cabinet arrivaient quelques refrains de chansons tziganes jouées par un orchestre voisin, Constantin Michel se pencha vers la jeune fille, passa son bras autour d’une taille flexible et l’attira à lui. Elle ne se défendit pas, mais comme il approchait les lèvres de sa bouche, elle tourna la tête et ses lèvres se posèrent sur le cou frais d’Ariane Nicolaevna, à la naissance de l’oreille, près des cheveux.
Elle resta dans son bras, immobile, et ce fut lui qui un instant plus tard se dégagea. Il dit alors :