— De quel parfum usez-vous ? Il est délicieux.
Ariane parut étonnée et répondit simplement :
— Cela aussi est mon secret.
Il y eut un silence.
Constantin le rompit délibérément. Il avait pris un parti ; et sur un ton qui contrastait avec celui de leur entretien jusqu’alors, il dit à la jeune fille qu’il aimait à l’excès la franchise, qu’une façon nette et simple de dire les choses l’avait toujours servi, et qu’il en ferait une fois de plus l’expérience, dût-elle lui coûter cher. Il était sûr tout au moins qu’avec la qualité d’esprit qu’il lui connaissait, elle ne s’y méprendrait pas ; peut-être même lui en saurait-elle gré.
— Le vrai, continua-t-il, est que je veux vous gagner. Je l’avoue sans détours. Comment y réussir ? Avec vous, Ariane Nicolaevna, emploierai-je les moyens dont les hommes ont coutume de se servir lorsqu’ils veulent séduire une femme ? Vous laisserai-je croire que vous êtes la première femme devant laquelle je m’agenouille ?… Vous me ririez au nez. Mettons les choses à leur place. Vous me plaisez infiniment. Peut-être vous suis-je sympathique puisque vous êtes ici. Auprès de vous je n’imagine pas de connaître l’ennui qui est après tout notre seul ennemi, mais mortel. Alors je désire vous voir plus et mieux et chaque jour…
Il s’arrêta. Ariane ne fit aucune réflexion. Avec un peu d’embarras, il dit :
— Mais aidez-moi, Ariane Nicolaevna. Je n’ai pas l’habitude de faire des discours.
— J’attends la fin qu’annonce un si beau commencement, répondit-elle.
— Soit, reprit-il, je continue. Avez-vous lu les Reisebilder d’Henri Heine ?