— Mais non, je dîne ici à sept heures.

— Soit, je vous attendrai à votre porte à huit heures et demie et vous me ferez la grâce de venir prendre le thé dans mon appartement.

— Ah ! je jure bien que non !

§ III. Banale soirée

Le lendemain soir, à huit heures et demie, Ariane parut à la porte de sa maison, où Constantin Michel l’attendait. Elle avait un ravissant chapeau aux grandes ailes attachées par des rubans sous le menton. Le cou sortait nu de la longue houppelande noire.

Ils descendirent la Tverskaia. Il était entendu qu’« on allait se promener ». Pourtant, arrivés devant l’hôtel National, Constantin proposa d’entrer.

— Pourquoi pas ? fit-elle.

Et sous le lourd manteau, une épaule frêle se souleva et communiqua un léger mouvement à l’épaisse étoffe.

Dans le petit salon, Ariane quitta son manteau puis, passant dans la chambre à coucher, enleva son chapeau et arrangea ses cheveux devant la glace. Elle regarda autour d’elle, ne manifestant aucune gêne. Sur le lit, déjà préparés pour la nuit, les pyjamas de Constantin étaient étalés.

Ils burent du thé au salon. Constantin prit la jeune fille sur ses genoux et leurs bouches se joignirent. Il commença à la déshabiller. Ici Ariane opposa une résistance obstinée et ses ongles acérés jouèrent un rôle dans le combat. Il fallut moitié de gré, moitié de force, à coups de prières, à grand renfort d’ingéniosité et de ruse, conquérir l’une après l’autre chaque pièce du vêtement. La blouse légère tomba ; les jeunes seins fermes et ronds apparurent sur une poitrine maigre. L’enlèvement de la jupe exigea un temps infini. Constantin en eut raison enfin. Il tenait la jeune fille presque nue dans ses bras.