Il était au comble de l’énervement. La civilisation a appris aux femmes à n’opposer, en telles circonstances, qu’un simulacre de résistance à l’attaque de l’homme, juste assez pour qu’il puisse faire le geste de l’antique conquête. C’est une comédie charmante dont les scènes sont dès longtemps réglées. Mais voilà que, contrairement aux conventions tacitement passées avec Ariane, il était obligé de se battre et d’employer la force. Pourquoi se défendait-elle si âprement puisqu’elle était décidée à se donner ? Pourquoi depuis une heure luttait-elle sans répit ? Pendant une courte trêve, il ne put s’empêcher de lui dire assez brutalement :
— Mais enfin, vous savez pourquoi nous sommes ici. Vous êtes avertie. Ce n’est pas un début, après tout…
Ariane le regarda d’un air de déesse et articula sur un ton qui fit sentir à Constantin l’absurdité de la question posée :
— Vous n’imaginez pas que je vous aie attendu, tout de même ?…
L’épaule se souleva et sortit de la chemise qui glissa le long du bras, laissant nue la moitié du torse. Mais comme Constantin voulait emporter la jeune fille dans la chambre à coucher, elle se cramponna au divan et d’une voix nette dit :
— Je pose mes conditions.
— Je les accepte à l’avance, répondit Constantin exaspéré.
— Il n’y aura pas de lumière et je ferai la morte.
Constantin Michel pensa : « Sur qui diable suis-je tombé ? Me voici lancé dans une aventure avec une de ces filles détraquées d’aujourd’hui qui font l’amour comme elles soupent, sans avoir ni sens ni appétit. Elles n’attachent pas plus d’importance à l’un qu’à l’autre… Pourvu que je n’aie pas à le regretter… »
Il avait dans ses bras le corps frais de la jeune fille et il répondit :