— Ces conditions sont absurdes… Mais ce n’est plus le moment de discuter…

Dans la nuit de la chambre, dans la tiédeur des draps où Ariane « faisait la morte », il s’aperçut à un signe évident bien qu’involontaire que tout au moins la première des deux suppositions qui venaient de se présenter à son esprit était mal fondée. Cependant la lutte continuait dans l’obscurité, la lutte contre le cadavre.

Irrité, il dit vivement :

— Il est un temps où il est bon de se battre ; il en est un où il faut savoir se donner.

— Mais je ne me bats pas, fit une voix à son oreille, une petite voix, humble, enfantine, où semblait passer un souffle de frayeur et dont le timbre nouveau le frappa.

Et, à l’instant même, il triompha d’elle.

Une heure plus tard, assise devant la toilette elle coiffait ses cheveux qu’elle avait longs et fournis. Ils tombaient jusqu’à la chute des reins et leurs vagues ondulantes cachaient le torse frêle.

Elle parlait d’une façon détachée et libre, racontant des histoires de naguère. Elle n’eut pas un mot, pas un regard qui pussent témoigner de la nouveauté des rapports qui venaient de s’établir entre eux. Tout en l’écoutant, Constantin remarqua une mince coupure sur un doigt de sa main droite : « Ce petit monstre m’a égratigné, pensa-t-il, ou peut-être est-ce une épingle ? »

Comme minuit sonnait, elle se leva. En vain voulut-il l’emmener souper.

— Mon amoureux m’attend à la maison, dit-elle. Il m’a fait une scène hier soir. Il semblait qu’il devinât d’où je venais. Ma tante l’a entendu. Seconde scène. Je veux éviter cela ; j’aime d’avoir la paix chez moi.