Car il la tutoyait maintenant, mais elle continuait à dire vous.

En chemin, ils se disputèrent sur une question de philosophie, l’un et l’autre défendant sa position avec violence, presque avec aigreur. Finalement Constantin Michel éclata de rire :

— Où diable allons-nous chercher nos sujets de querelle ? dit-il.

Et il embrassa Ariane qui se défendait encore.

Le lendemain soir la lutte recommença, mais d’une façon plus gardée, l’un et l’autre adversaire s’efforçant de ne pas se découvrir.

Constantin voulait savoir pourquoi Ariane Nicolaevna qui avait le droit du choix et l’avait exercé plus d’une fois l’avait pris lui, Constantin Michel, et s’était donnée à leur troisième rencontre. Il n’imaginait pas d’être irrésistible. Ariane ne l’aimait pas. Mais, quelle que soit la liberté qu’une jeune fille s’accorde, il est difficile d’admettre qu’elle va jusqu’à prendre un amant comme un homme choisit une maîtresse, souvent pour une heure. Pourquoi était-elle là près de lui ? Par des voies détournées, il tâchait d’obtenir un éclaircissement sur ce point.

Il parla donc de la fameuse soirée de Boris Godounof et il revint sur la première impression qu’il avait eue d’elle, la longue hésitation entre « jeune femme » et « gamine ».

— Et toi, dit-il, qu’as-tu pensé de moi, car enfin la première impression commande tout le reste ?

— Moi, fit-elle, je me suis dit : « Il est dans ma série », car il faut vous avouer qu’à mon expérience, seuls les hommes blonds ont du tempérament. Les bruns font de l’effet, mais ce n’est que feu de paille. On les prend ; il ne vous reste rien dans les mains… La sagesse est de revenir après quelques essais malheureux à ce que l’on a éprouvé bon…

Elle bavardait ainsi agréablement, comme si elle parlait du soleil ou de la pluie de ce jour de mai.