Mais comme elle se levait pour partir, Constantin fut emporté par un élan soudain. Il mit Ariane contre le mur, lui appuya les deux mains sur les épaules et, les yeux fichés dans les siens, lui dit :
— Je ne sais quel jeu tu joues ici, petite fille. Si tu veux te battre, eh bien, battons-nous. Mais je t’avertis que tu n’auras pas raison de moi. De nous deux, c’est moi qui l’emporterai, sois-en sûre. Et veux-tu que je te dise ce qui t’arrivera ? Que tu le veuilles ou non, tu m’aimeras. Tu m’aimeras avec ta tête diabolique, avec ton cœur que j’ignore, avec ton corps que je connais.
Sous sa main, il sentit l’épaule gauche d’Ariane qui essayait de se soulever. Mais il la tenait fortement et l’épaule indiqua seulement le geste tenté qui, ne pouvant se développer, avorta.
§ VI. Mouvement imprévu
Cependant Constantin voyait trois ou quatre fois par semaine, dans l’après-midi, la baronne Korting et chaque soir Ariane. Faisait-il des progrès avec cette dernière, rien ne l’indiquait. Déjà on touchait au milieu du mois de mai. Ariane était toujours semblable à elle-même. Un jour, elle se montrait gaie, enfantine, pleine d’anecdotes et de mots charmants. Le lendemain, avec un art incomparable dans la négligence étudiée, elle revenait sur les thèmes détestés et semblait s’y complaire.
— Tu ne mens pas assez, lui disait en riant Constantin. Tu n’as pas encore compris le secret du bonheur qui est dans une illusion chèrement nourrie et jalousement respectée.
— Il y a plus d’une façon d’être heureux, répondait-elle. Qui sait si la mienne ne vaut pas la vôtre ? Puis-je me plaindre de la vie, ajouta-t-elle, n’ai-je pas un amant beau et intelligent ?
— Ariane, je n’aime pas qu’on se moque de moi.
— Mais enfin puisque je vous ai choisi entre tant d’autres, sans me donner le temps de la réflexion, il faut bien que votre physique, votre physique seulement, Monsieur, ait quelque chose d’irrésistible. Car, au vrai, l’étudiant qui m’accompagnait au théâtre est assez séduisant. Mais vous êtes mieux, puisque je suis ici à cette heure au lieu d’être dans ses bras… Le pauvre garçon ! Il m’avait fait depuis trois mois la cour la plus assidue, la plus respectueuse. Il croyait bien toucher au bonheur. La soirée au Grand Théâtre devait être décisive. Songez ! Il avait commandé une automobile ! Nous allions souper chez Jahr…
Constantin Michel avait les nerfs en boule. Pour se punir lui-même, il demanda, comme un flagellant qui veut encore être battu :