— Mais, dix-huit ans.

— Comment, dix-huit ans ! Tu m’avais laissé croire que tu en avais au moins vingt.

Il semblait qu’elle l’eût trompé sur un point de capitale importance.

— Dix-huit ans ! répétait-il, dix-huit ans !… C’est inimaginable ! on n’a pas dix-huit ans !… Alors, quand je t’ai connue, tu n’en avais que dix-sept ! Tu aurais bien pu me le dire, tu aurais dû me le dire !

Il était au comble de l’exaspération.

Elle le calma :

— Je ne vois pas ce que nos âges ont à faire dans notre aventure. Je ne vous ai jamais demandé le vôtre. Quand nous nous sommes rencontrés — jour béni, jeta-t-elle ironiquement — il me manquait un mois pour avoir mes dix-huit ans. Qu’est-ce qu’un mois ?… Vous n’allez pas me chercher querelle pour un mois.

Mais Constantin Michel ne se remettait pas et l’ébranlement produit en lui par ce qu’il appelait un « fait nouveau » eut une suite inattendue presque immédiate.

Ariane racontait des histoires de sa tante Varvara. Elle commentait la sagesse de cette vie, son équilibre parfait, l’art avec lequel Varvara Petrovna avait su ne cueillir que les roses de l’amour.

— Tante Varvara m’a dit, continua-t-elle, qu’elle n’a jamais passé une nuit entière avec aucun de ses amants. Il faut savoir partir ou les congédier à temps. Selon elle, dormir ensemble est le plus sûr moyen de tuer l’amour. On dort mal, on se réveille de mauvaise humeur. On est laid dans la lumière du matin. Il faut voir son amant lorsqu’on est coiffée et arrangée, s’habiller et se déshabiller pour lui plaire. La promiscuité, c’est bon pour les gens mariés. Mais le mariage n’est ni l’amour, ni le plaisir…