D’autre fois, elle disait :

— Il faut que je te fasse un aveu. Une ou deux fois, j’ai cru être vaincue. Comme j’ai eu peur !… Comme j’aurais souffert au moment où nous nous serions quittés !… Quelle bataille je me suis livrée !… Mais je me suis reprise. Puisque je t’ai résisté si longtemps, la partie est gagnée. Hourrah !…

Tandis qu’elle développait ces thèmes toujours les mêmes, Constantin l’écoutait avec attention, pesant chaque parole, attentif aux moindres nuances, au son de la voix, au ton des phrases, à l’accent des mots. Était-elle sincère ? Essayait-elle de le tromper ?… Jamais il ne surprit une fausse note. Elle paraissait s’exprimer avec une sincérité entière.

Il se bornait à répondre.

— Petite fille, que tu le veuilles ou non, tu m’aimes. Tu rentres dans le cycle prescrit éternellement à ton sexe : tu es l’esclave.

Suivant les jours, Ariane éclatait de rire, ou haussait l’épaule gauche, ou se mettait en colère.

Parfois elle lui disait :

— Et toi, m’aimes-tu ?

La première fois qu’elle lui posa cette question, Constantin fut surpris. Mais il se garda de montrer son étonnement. Il se leva du fauteuil où il était assis, s’approcha de la jeune fille debout devant lui, la prit dans ses bras et, d’une voix de reproche caressante, lui dit :

— Mais, mon enfant, tu n’y songes pas. Comment peux-tu penser que j’aime une petite fille méchante comme toi ?