Il appela :
— Ariane, Ariane.
Personne ne répondit. Il revint au salon, tourna le bouton électrique. Sur le divan, Ariane était couchée, la figure enfouie dans un coussin, les cheveux épars. Elle s’était blottie sous un châle écossais et, ramassée sur elle-même, semblait une petite fille d’une dizaine d’années, abandonnée de tous, accablée par le désespoir.
Il s’agenouilla près d’elle, voulut l’embrasser. Elle résista. Il essaya de l’obliger à se retourner.
— Laisse-moi, laisse-moi, dit-elle, va-t’en !
Alors il l’enleva dans ses bras, et tenta de la regarder. Mais elle blottit son visage sur la nuque de Constantin et, comme il la portait dans sa chambre, il sentit des gouttes chaudes glisser sur son cou. Elle pleurait… Il la coucha sur le lit et commença à la couvrir de baisers. Mais soudain, elle se redressa, éclata d’un rire étincelant et cria :
— Pas mal jouée, la comédie ! Qu’en dis-tu ?
Il restait stupéfait, tandis que d’une voix railleuse elle expliquait qu’elle pouvait à volonté verser des larmes véritables et que, si une famille imbécile ne l’avait pas empêchée de monter sur la scène, elle aurait fait une carrière inouïe comme actrice.
— Pourquoi ai-je eu la faiblesse de ne pas écouter X…? gémit-elle. Il voulait me prendre avec lui, faire de moi son élève. J’aurais débuté au théâtre des Arts. Je serais célèbre aujourd’hui…
Une heure après, fâchée, elle s’endormit sur l’extrême bord du lit. Mais le matin, elle se réveilla dans les bras de son amant.