Une heure plus tard, l’examen était terminé. Tandis que les élèves quittaient la salle, Ariane Nicolaevna restait à causer avec la directrice. Leur entretien se prolongea. Elles étaient seules maintenant. Enfin, dans un mouvement de tendresse qui stupéfia la jeune fille, Mme Znamenskaia se pencha vers elle, l’embrassa et lui dit :
— Où que vous soyez, Ariane, n’oubliez pas que je suis votre amie.
Puis elle la quitta.
Dans le vestibule deux jeunes filles attendaient Ariane Nicolaevna. Elles chuchotaient avec de petits rires vite étouffés. L’une d’elles était grande, maigre, pâle, avait les yeux brillants et des mouvements saccadés. L’autre était laide, l’œil petit, le nez épaté, mais coquette et trémoussante. Elles avaient l’une et l’autre assez mauvaise réputation ; on leur voyait parfois des bijoux dont l’origine paraissait suspecte, car elles appartenaient à des familles de la petite bourgeoisie sans fortune. Elles accostèrent Ariane, et, tout en marchant, la caressaient, la félicitaient, lui adressaient mille compliments.
— Écoutez, Ariane, dit la plus grande, ne voulez-vous pas venir souper avec nous ce soir ? Nous avons une partie arrangée… C’est dans la nouvelle maison de campagne que Popof vient d’acheter (ce Popof était le plus riche marchand de la ville, homme d’âge mûr et d’aspect assez repoussant)… Il l’a arrangée d’une façon fort originale. Imaginez-vous qu’il n’y a pas un siège dans la maison. Rien que des divans. Il faut voir cela, je vous assure.
La petite intervint, très excitée.
— Il y a des musiciens qu’il cache dans une pièce voisine : on les entend et ils restent invisibles. Et puis il a une invention tout à fait originale. On est éclairé par des bouts de bougies qui s’éteignent peu à peu, l’un après l’autre.
Ariane demanda :
— Et qui est-ce qui soupe sur ces divans ? Je ne me vois pas à côté de Popof.