— Il faut pourtant nous séparer, continua la jeune fille. Il serait vraiment trop ridicule que des êtres comme toi et moi, qui sommes faits pour courir mille aventures, vécussent comme des gens mariés. Mais écoute, j’aurai un grand secret à te confier avant que nous nous quittions, quelque chose que je ne peux dire qu’à toi seul au monde et que tu ne répéteras jamais, car j’en mourrais de honte. Jure-le-moi.

— Je jure tout ce que tu veux, dit Constantin qui au moment de la perdre se sentait repris par un désir passionné de pénétrer un peu plus avant dans le cœur fermé de la jeune fille.

— Eh bien, je te le dirai demain, continua-t-elle, demain sur le quai de la gare quand les trois coups sonneront, au moment où le train partira, où il n’y aura plus moyen de revenir en arrière… Et si je n’ai pas le courage à la dernière minute de te faire cet aveu, je te l’écrirai… Je te le promets.

En vain Constantin essaya-t-il de faire parler Ariane sur l’heure. Il ne put rien en tirer que la promesse solennelle qu’il connaîtrait enfin un secret qu’elle brûlait de lui dire depuis longtemps.

En soi-même, il s’ingénia à deviner ce que la jeune fille allait lui révéler. Connaissant Ariane, la dureté adamantine de son amour-propre, il découvrit bientôt une piste qui le mena à la vérité. Cette jeune fille orgueilleuse l’aimait, mais elle serait morte plutôt que de le laisser voir. Elle l’aimait, elle l’avait toujours aimé, c’était là le secret qu’elle ne pouvait livrer qu’à l’heure même où ils se quitteraient…

La certitude qu’il touchait à ce moment l’emplit d’une joie sombre. « Ah ! pensait-il, j’ai remporté la victoire. Elle s’est battue le sourire sur les lèvres. Mais elle se reconnaît vaincue. Cette fille indomptable a trouvé son maître… Et pourtant tout est fini entre nous. Elle a rendu l’amour impossible »… A ce moment-là, Constantin la détestait…

Ils s’endormirent dans les bras l’un de l’autre.

§ XXII. Un jour gris de février

Le lendemain matin, c’était un jour gris de février, ils se réveillèrent tard. Constantin se leva le premier. Comme il était habillé — il était onze heures passé — Ariane se décida à sortir du lit.

Elle s’assit sur une chaise, le dos tourné à Constantin qui était dans le fond de la chambre et contemplait la charmante et frêle silhouette de sa maîtresse en chemise, se détachant sur la fenêtre par laquelle entrait une pâle clarté jaunâtre.