— Bouillôn.
— Et bifteck ?
— Bifteck.
— Et vin ?
— Vino.
— Il ne m’en faut pas davantage, m’écriai-je.
Et je partis.
— Vous êtes Français. Vous habitez le plus beau pays du monde. Il y a chez vous des villes populeuses et magnifiques, des champs, des forêts et des fleuves, et vous traversez un monde entier pour venir dans ce désert affreux qui n’est que sable, poussière, chaleur. A-t-on jamais vu un original pareil ?
Et mon brave prêtre éclate d’un rire sonore qui le renverse sur les coussins de velours rouge.
A Gheok-Tépé, halte un peu plus longue. Gheok-Tépé a été le lieu d’un combat célèbre entre Russes et Turcomans en 1881. Cette bataille est d’autant plus réputée qu’il y a eu fort peu de faits d’armes dans la conquête de l’Asie par les Russes, laquelle a été opérée par des moyens plus subtils et intelligents que le canon. Skobelef commandait les Russes à Gheok-Tépé. Les murs en terre battue de l’aoul des Turcomans sont encore debout. Skobelef fit creuser une mine sous un point des murailles, y attira les défenseurs par une attaque simulée. La mine éclata et envoya dans les airs les corps et, jusqu’au ciel, les âmes des Turcomans morts pour leur patrie et pour leur foi.