Il faut noter que les femmes ne figurent pas dans ces fêtes. Les hommes prennent leur plaisir et leur vin entre eux. Voilà, pour un Européen, d’assez mélancoliques divertissements.

On ne voit les femmes de la société ni le matin, ni dans la journée, ni le soir. Elles ne sortent qu’en voiture fermée et accompagnées d’eunuques. Elles reçoivent chez elles leur mari, leur père et leur frère. C’est tout.

L’homme ne prend jamais ses repas dans l’anderoun. Il mange avec ses amis et ses domestiques.

S’il invite des femmes, ce sont des danseuses qui appartiennent à la plus basse classe de la prostitution, ou des danseurs dont il est difficile de parler honnêtement…

Il y a eu un grand mariage l’hiver dernier dans la famille du Chah. Les Européennes invitées furent menées dans l’anderoun ; les hommes restèrent dans les appartements publics. Les deux sexes mangèrent chacun de leur côté.

Aux femmes on montra des danseuses sans beauté et sans talent ; aux hommes on exhiba de jeunes mignons qui se contorsionnèrent de leur mieux. Les dames s’ennuyaient dans l’anderoun ; les hommes bâillaient au salon.

Cela prouve que chaque peuple, comme chaque âge, a ses plaisirs.


Les jours un peu troublés que traverse l’Iran, l’agitation n’en arrive guère au fond de notre parc ombreux. Un des palais du Zill a été pillé lors du coup d’État de Mohamed Ali Chah, mais maintenant la paix règne à Téhéran. Mon hôte Akbar Mirza, fils du Zill, a fait à son arrivée quelques visites au Palais et, malgré l’inimitié ancienne que les gens au pouvoir ont pour son père, a su personnellement s’arranger avec eux. Parfois d’étranges personnages viennent le voir, armés jusqu’aux dents, portant cinquante cartouches sur leur poitrine et autour de la taille. Un jour, au crépuscule, je le trouve en conférence amicale avec un grand diable d’homme, maigre comme un clou, au teint basané, à la figure osseuse, vêtu d’un complet fatigué à carreaux noirs et blancs. C’est, sans doute, un des révolutionnaires arméniens qui, avec le Sipahdar, ont pris Téhéran.

Sur un ton tranquille, Akbar Mirza me le présente :