Il glissa la carte et le billet dans la main fermée de Nadia et sortit. Lorsqu’il se coucha, c’était déjà le jour. Il ne fit qu’un somme jusqu’à une heure de l’après-midi, déjeuna très tard et s’étendit sur le divan dans sa chambre, une cigarette à la bouche. Il attendait Nadia. Mais viendrait-elle? Les images voluptueuses qu’il avait eues sous les yeux la nuit précédente se levaient devant lui. Il ne pouvait s’empêcher de rire en pensant à sa déception. Avoir dans les bras une jeune femme ravissante et nue, et n’en rien faire! Comment, sans être ridicule, raconter cette histoire à ses camarades en France? Des fragments d’airs caucasiens—il était bien étonné de les avoir pu retenir—passaient dans sa mémoire. Il y avait quelque chose dans cette fête—était-ce les jardins, la musique qui venait du fond de l’Asie, les femmes silencieuses, la nuit si chaude et si belle?—qui l’obligeait à y penser encore et qui la mettait à part des soirées analogues vécues en Occident.

Tout en évoquant ces agréables souvenirs, notre lieutenant s’endormit.

Des petits coups frappés à la porte le réveillèrent.

—Qui est là? cria-t-il en sursautant.

Il s’assit sur le divan et se frotta les yeux.

La porte s’ouvrit, Nadia entra.

A voir l’étonnement dans lequel cette apparition plongea Alexandre Naudin, on peut conclure qu’il ne croyait pas beaucoup à l’arrivée de son amie de la veille. Il s’empressa auprès d’elle et, comme il connaissait maintenant les usages russes, il fit apporter le samovar et des gâteaux.

Nadia était tranquille, ainsi qu’à son ordinaire. Elle ne cherchait pas à plaire au lieutenant. Elle souriait à peine aux folies bilingues qu’il lui débitait avec enthousiasme et, lorsqu’il commença de la déshabiller, elle resta dans le même état d’indifférence.

Vers neuf heures du soir. Alexandre Naudin qui avait de multiples raisons d’être satisfait de lui-même—il sifflotait maintenant Le père la Victoire—proposa une promenade en voiture avant le souper.

Nadia accepta et voilà nos jeunes gens partis. Ils ne se séparèrent qu’à deux heures du matin.