Nadia ne discuta pas, mais lorsqu’il eut fini, elle dit sur un ton de certitude tranquille:

—Les Français ne comprennent rien.

Et cela mit fin au débat. Du reste, la curiosité de Naudin était satisfaite et la question résolue.

Un autre jour, ou plutôt une autre nuit, car c’était la nuit qu’ils parlaient, il lui demanda:

—M’aimes-tu?—Et cela dans un moment où ces mots pouvaient paraître vains, tant il était sûr de la réponse que les circonstances mêmes imposaient.

—Non, dit-elle doucement.

Notre lieutenant n’en crut pas ses oreilles et, voyant là une taquinerie de sa maîtresse se mit à rire.

Il était persuadé que Nadia lui était profondément attachée et qu’elle souffrirait au jour, hélas! assez prochain, où il serait obligé de la quitter; car, en somme, comment une petite fille qui avait choisi ce métier peu reluisant et qui n’avait pas su y faire fortune, n’aimerait-elle pas un garçon élégant, riche, bien de sa personne, jeune, et qui l’avait admise à l’honneur de son intimité? Peut-être ne se rendait-elle pas compte de tous les avantages qu’une telle liaison lui procurait? En outre, il n’avait jamais habité avec une maîtresse. Il s’arrangea pour le lui faire comprendre. Elle accueillit cette nouvelle sans émoi.

Cependant septembre était là et le moment de rentrer en France approchait.

C’est alors qu’Alexandre Naudin eut, un jour, une idée qu’il communiqua aussitôt à son amie. Pourquoi ne pas revenir par Constantinople et pourquoi ne l’y accompagnerait-elle pas? Ils prendraient un bateau à Batoum, passeraient une huitaine sur les rives du Bosphore et de là rentreraient, elle en Russie, lui en France.