—Madame est-elle sortie? demanda-t-il.
Le portier, à mi-voix, répondit:
—Madame est sortie, il y a deux heures, avec sa valise. Elle a pris une voiture et est partie pour la gare.
Naudin fit un grand effort sur lui-même pour ne montrer aucune émotion devant le portier et remonta chez lui.
Alors seulement il eut l’idée de regarder sur la table. Une feuille de papier y était étalée bien en évidence avec quelques mots de Nadia:
«Je suis rappelée à Omsk. C’est là que je dois vivre. Pardonne-moi.»
—Le diable emporte les filles russes! cria Naudin. Elles sont folles à lier!... Un alcoolique! Un homme brutal!... Elle ne mérite pas mieux que cela... Heureusement que je ne l’aime pas! ajouta-t-il bravement.
Mais il avait tout de même le cœur gros et un picotement assez curieux sous les paupières. Comme il n’y avait personne dans la chambre, il tira son mouchoir et s’essuya les yeux.
Six mois plus tard, il disait à un de ses amis de régiment à Vincennes:
—Mon cher, les femmes russes, il ne faut pas chercher à les comprendre. Tu as une maîtresse: elle t’aime, elle t’est fidèle; elle vit près de toi comme ton ombre. Et, crac, voilà qu’elle disparaît sans raison... Il semble qu’elle ne peut pas supporter plus qu’une certaine dose de bonheur... Oui, j’ai vu cela, là-bas... Ces femmes, tu ne le croirais pas, ont, soudain, un besoin maladif d’être malheureuses. Et quand ça les prend, il n’y a rien à faire, elles quittent tout... Alors, avec nous, ça ne peut pas durer, parce que nous n’aimons pas les catastrophes... Seulement, tout de même, mon vieux, les filles russes, il n’y a rien de pareil au monde...