Une fois que nous savons cela, il nous raconte une histoire et, grâce au langage universel des gestes, nous le comprenons. Il montre mes grosses bottines américaines et nous explique qu’il a chassé dans les montagnes en face avec un Anglais qui avait des bottines semblables et que la chasse est très belle.

Nous quittons à regret le repos parfumé de ce portique pour reprendre le chemin de Téhéran.

Bientôt le cocher nous montre une ligne d’arbres, c’est Téhéran. Les villes d’Europe s’annoncent au voyageur par des maisons et des monuments; dans les villes d’Asie, au contraire, les arbres hauts cachent les maisons basses et de loin, alors que le guide vous signale une cité, on ne voit que de la verdure.

Au lieu des faubourgs misérables qui font une ceinture de pauvreté à nos villes, ce sont des jardins qui entourent les villes d’Orient.

Le soleil nous a plongés dans une telle torpeur que nous n’avons plus la force de nous réjouir.

Nous approchons de la ville avec lenteur. La route est encombrée. Des soldats à pied ou à cheval reviennent du camp du Chah; des âniers poussent des troupeaux de petits ânes gris chargés de bois à brûler, de broussailles ou de poutres; un cavalier porte sur son poing un faucon encapuchonné. Une poussière se lève qui fait mal aux yeux.

Une heure encore, puis nous arrivons aux portes de Téhéran, qui sont de construction assez pittoresque, mais recouvertes de plaques émaillées modernes sans aucune valeur.

Le cocher nous mène à travers des rues larges, bordées de murs pleins, sans une fenêtre, désertes. C’est affreux! Est-ce cela que nous sommes venus chercher si loin? Est-ce cela Téhéran? Nous avons quelques minutes de désespoir.

Voici quelques boutiques enfin. Elles ne sont pas persanes. Nous apprenons que M. Bedrossian nous taillera un habit à l’européenne, en payant, cela s’entend, et que M. Elijan nous arrachera une dent à l’américaine.

Emmanuel Bibesco est plongé dans une noire mélancolie.