Les femmes, en Perse, paraissent jouir d’une grande liberté. Elles sortent, comme il leur plaît, et le plus souvent sans être accompagnées. On en est réduit à supposer que l’uniforme voile qui les masque et sous lequel aucun mari ne les reconnaîtrait, favoriserait les intrigues si elles en voulaient nouer. Mais de ceci, nous ne savons rien et nous nous taisons.
Une phrase d’Hérodote est tout ce que j’ai sur le sujet: «Dans l’opinion des Perses, dit-il, ravir une femme est une iniquité; s’empresser d’en tirer vengeance, une folie. Pour les sages l’enlèvement d’une femme ne mérite pas qu’on s’en occupe, car il est évident que si elle ne s’y était pas prêtée, on ne l’eût point enlevée».
Le Métier de Touristes...—Ceux qui vont chercher des monuments anciens à Téhéran courent au-devant d’une déception certaine. Il n’y a pas dans Téhéran une faïence ancienne. Celles qui recouvrent les portes de la ville sont du goût persan moderne le pire: elles ont été faites à Vienne. Téhéran n’est capitale que depuis l’avènement de la dynastie des Kadjars dont le fondateur fut un eunuque.
La place aux Canons où l’on nous mène est laide. Non, il ne faut pas chercher de beaux monuments à Téhéran.
Mais on peut passer quelques heures agréables au bazar. Il est voûté et, au sommet des voûtes, un trou laisse passer un peu de lumière. Le bazar est frais, poussiéreux et sombre étrangement. Il faut quelques minutes pour s’habituer à cette obscurité. Comment vivre et travailler sans lumière? D’ici quelques siècles sera formée une race de Persans aux yeux si délicats qu’ils ne pourront supporter le grand jour.
L’automobile dans le bazar à Téhéran.
Pourtant on déploie dans le bazar une activité qui étonne. Accroupis, le derrière sur leurs talons, les ouvriers et apprentis dans le fond des arcades martèlent le cuivre, cisèlent l’argent ou l’or, découpent des peaux, font des harnachements, des bonnets, des broderies, comme s’ils y voyaient. Le marchand est assis sur le devant de l’arcade. Une femme strictement voilée se fait montrer des étoffes. Est-ce une jeune dame de la cour ou une vieille commère décrépite? Que ce voile est anonyme!
Des cavaliers passent, des ânes bien harnachés et aussi de grands diables de chameaux qui clignent de l’œil comme s’il y avait du soleil et profitent de l’obscurité pour nous marcher sur les pieds.
Des cuisiniers préparent des mets savoureux dont ils envoient des portions à leurs clients, du pilaf, du kebab, ou des ragoûts de viande à l’oignon ou au fenouil. Des odeurs fades ou violentes, désagréables toujours, emplissent les bazars.