Palais Chamsel-Emaret, Téhéran.
On aurait tort de s’imaginer que le Chah, descendant du Roi des Rois, monarque absolu et oriental, vit d’une façon somptueuse dans un palais des Mille et une Nuits. Il se loge à l’européenne, et ce monarque persan a un fort mauvais goût qui lui fait préférer les articles de bazar viennois à dix-neuf sous aux objets d’art fabriqués en Perse.
La Perse a eu l’art le plus raffiné, le plus exquis qui soit. En Europe, en Amérique, on se dispute les miniatures, les reflets métalliques, les cuivres et jusqu’aux bouts de tapis anciens de Perse. Chez le Chah, on ne trouve pas une œuvre d’art persane.
Dans son musée si vanté, on voit, sous vitrines, de petits éventails de papier, article de Paris, et pour que personne ne s’y trompe, le prix est resté marqué 0 fr. 65. Ils voisinent avec une glace à main de 3 fr. 45.
Il est vrai que l’on montre le fameux trône des Paons, mais il ne vient pas de Delhi, comme on le raconte, et jamais le Grand Mogol ne l’honora de sa présence sacrée. Il a été fait à Ispahan au commencement du XIXe siècle et l’on assure que beaucoup des pierres précieuses, dont il fut alors orné, ont été remplacées par des pierres moins précieuses.
Palais d’Echreta Bad à Téhéran.
Je préfère, et de beaucoup, le trône en albâtre que l’on voit au rez-de-chaussée du palais et qui est d’un assez beau travail hindou.
Il y a enfin dans le musée quelques pièces de Sèvres et d’autres manufactures d’État européennes, dont divers souverains se débarrassèrent, sagement, au profit de Sa Majesté persane.