La Belgique fait aujourd’hui beaucoup d’affaires en Perse. Toutes les commandes d’État sont pour elle; elle vient de fournir le matériel complet de la Monnaie. L’Angleterre et la Russie montent la garde attentivement peut-être auprès d’une ombre. Les Belges réalistes ont saisi la proie.

On ne voit pas bien pourquoi la France n’a pas bénéficié du fait qu’elle ne pouvait porter aucun ombrage au Chah. Elle avait une position commerciale en Perse. Une belle place était à occuper. Elle n’a pas su la prendre.

Nos derniers jours à Téhéran.—Nous sommes ici cosmopolites. On nous reçoit si bien dans les légations que nous nous laissons aller à voyager paresseusement autour de l’Europe en quelques heures. Nous déjeunons en Russie, prenons le thé chez Sa Majesté britannique, dînons gaiement en France à la table du comte d’Apchier, chargé d’affaires, et faisons un tour de valse chez le Grand Turc.

Nos malles ont bien voulu nous rejoindre à Téhéran.

Nous circulons en automobile à la grande surprise des Persans.

Grâce à nos amis de la Banque russe et de l’Imperial Bank of Persia, nous trouvons quelques litres de benzine. Nous voyons les jardins qui environnent la ville. Les matinées se passent toujours avec les dellals.

Et nous ne nous lassons pas du spectacle de la rue et des bazars, des promenades dans les environs avant la nuit, de la rentrée dans l’animation de Téhéran alors que le soir est tombé sur la ville et que là-bas, derrière les premières montagnes déjà sombres le pic conique du Demavend étincelle encore dans la lumière.

Depuis que nous sommes dans l’Iran, nous n’avons pas vu un seul nuage dans le ciel. Le jour, une voûte immuablement bleue s’étend au-dessus de nous, qui, la nuit, se change en un dôme violet crevé d’étoiles d’or. Et le contraste est vif entre ces journées radieuses de Perse et celles du premier mois de notre voyage où nous n’avons connu que des cieux tristes et bas, les brumes, les nuages, la pluie.

L’éclat de la lumière, la caresse des brises le matin et le soir, la chaleur sèche des midis ont tant de charme pour nous que nous nous amollissons dans cette vie calme, uniforme et que, si nous restons encore ici quelques jours, nous n’aurons plus la force de partir pour Ispahan.

Et nous voulons voir Ispahan.