Nous n’avons plus qu’un automobile et nous sommes sept, en comptant Aimé. En outre, il est nécessaire d’emporter avec nous les vivres et les bagages dont nous aurons besoin chaque jour; en outre, il faudrait une grande provision de benzine, et la certitude d’en trouver à Kachan et à Ispahan.
Nous déplorons que Léonida soit toujours dans les montagnes de Tabriz, mais enfin nous voilà obligés de laisser la grande Mercédès derrière nous à Téhéran où Keller aura le loisir de la démonter et de la nettoyer à fond.
A la poste nous apprenons que nous ne pouvons prendre trois landaus, car il n’y en a que deux, qu’au-delà de Koum, nous ne trouverons que huit chevaux aux relais (bien heureux quand nous les trouverons), et qu’ainsi notre troisième voiture, comme on attelle à quatre chevaux, resterait en arrière. Et le maître de poste nous offre ce qu’il appelle un break.
Alors les plus courageux d’entre nous sentent glisser le long de leur épine dorsale le frisson de la mort.
Ce break est une antique caisse en bois massif avec deux banquettes larges de moins d’un pied, sans coussins ni capitonnage. Il est recouvert d’une toiture que supportent quatre grosses tiges de fer qui vacillent.
Des morceaux de toile trouée nous protégeront contre l’ardeur du soleil et le vent froid de la nuit.
A cette vue, nous reculons d’horreur. Jamais nous n’avons été si près de renoncer à Ispahan. Mais le maître de poste nous assure qu’à Koum, nous trouverons une diligence confortable que nous pourrons prendre si nous ne sommes pas satisfaits de notre break.
Honteux à l’idée d’avoir été retenus par un simple souci de confort, nous louons le break pour le prix de cent vingt tomans, douze cents francs persans, quatre cent quatre-vingts francs de France.
Nous décidons de partir le dimanche matin 21 mai.
Comme la chaleur commence à se faire sentir et que nous en avons éprouvé la mortelle chaleur au milieu du jour entre Kaswyn et Téhéran, nous projetons de voyager, chaque jour, de quatre heures du matin à dix heures, de nous arrêter alors, de déjeuner et de faire une longue sieste au relais, puis de repartir à quatre heures de l’après-midi et de marcher jusqu’à dix heures du soir. Ainsi ferons-nous sans fatigue les quatre cent quatre-vingts kilomètres qui nous séparent d’Ispahan, et cela en quatre jours.