La sortie de Téhéran se fait lentement. Nous apprendrons dans le break la patience. Dès que nous avons franchi la porte de la ville, nous longeons un cimetière d’où se dégage la plus terrible des odeurs. Les Persans enterrent leurs morts à fleur de terre. D’épouvantables miasmes filtrent à travers la couche légère de sable.

Nous passons au pas le long de ce cimetière; nous sommes sur la route bordée de vieux arbres qui va à Chah Abdul Azim.

C’est là que nous faisons une découverte terrifiante. Notre diligence n’a pas de ressorts! Pourtant nous lui en avions vus dans la cour de la poste.

Un éfrit les aurait-il retirés pour nous punir de la curiosité sacrilège qui nous entraîne vers Ispahan? Nous descendons.

Les ressorts sont là, mais, pour les empêcher de jouer, le maître de poste prudent a mis, à l’intérieur du ressort, un énorme rondin de bois. Au moindre cahot, le ressort tape sur le rondin et transmet par contre-coup la tape à la caisse, laquelle nous la communique sans retard par l’intermédiaire de la banquette non rembourrée.

La route n’est que bosses et trous. Nous recevons ainsi trois cent soixante coups de rondins à l’heure.

Comme nous n’avons pas été habitués à un pareil traitement, nous le trouvons dur.

Nous sommes, sans repos, secoués sur les planches étroites, et chaque secousse est une souffrance. Nous ne pouvons ni étendre les jambes, ni appuyer la tête; alors les jambes s’engourdissent, les pieds meurent, les clavicules s’écorchent, les bras se tordent, l’épine dorsale fléchit, le cerveau est en bouillie; on découvre qu’on a des reins et on ne l’oubliera plus. Tel est ce supplice auquel nous nous sommes bénévolement soumis, le supplice de la diligence persane. Et nous ne sommes qu’à quelques kilomètres de Téhéran!

Comment les deux jeunes femmes que nous avons avec nous supporteront-elles ces fatigues? Mais personne n’oserait leur proposer de regagner Téhéran. Du reste, pour l’instant, un grand enthousiasme nous anime. Nous sommes partis pour Ispahan!

La route s’en va à travers le désert que ponctuent les milliers de touffes d’une plante aromatique d’un gris vert qui seule pousse dans les sables.