Nous franchissons de petites chaînes de collines rocheuses dont les pentes sont brusques.

Parfois la route se divise en deux ou trois branches entourant un groupe de rochers, comme une rivière fait d’un îlot. Les caniveaux, qui ne sont pas dus à l’art du cantonnier, mais à la seule nature, alternent avec les bosses.

La chaleur aujourd’hui n’est pas insupportable. Nous marchons à une allure intermédiaire entre le pas et le petit trot. A chaque quart d’heure, le cocher s’arrête pour siffler à ses malheureux chevaux une petite marche nationale persane que nous connaissons déjà. Nous passons un relais toutes les deux ou trois heures.

Vers le milieu de la journée, nous nous arrêtons pour déjeuner. Il faut descendre de la diligence, en plein soleil, le panier des vivres et les valises. C’est très fatigant.

Le chapar khané, où nous sommes, nous offre une chambre nue pleine de mouches. Il n’y a ni table, ni chaises; nous commençons à apprendre les manières persanes. Nous mangeons, assis sur nos valises, des conserves cuites au soleil et découvrons que les sardines à l’huile ne supportent pas cette température et demandent à être dégustées dans des climats plus frais.

Mourant de soif, nous buvons du thé léger.

Nous repartons. Toute l’après-midi nous nous traînons sous un soleil de plomb, à travers un paysage désolé. Nous franchissons encore une chaîne de montagnes arides, puis retombons dans les sables rocailleux du plateau.

Nulle végétation, nulle rivière. Seules, nous accompagnent dans l’immensité morne du désert les petites touffes de la plante aromatique, dont les feuilles d’un vert grisâtre s’harmonisent délicatement avec les gris bleus des sables.

La distribution des coups de gourdins ne cesse pas. Nous sommes plongés dans une torpeur douloureuse et la poussière fine s’abat sur nous et nous enveloppe.

A chaque relais, nous perdons une heure pour changer les chevaux. Ni promesses, ni menaces n’ont d’action sur les cochers. Il faudrait les battre; nous n’en sommes pas encore là.