Emmanuel Bibesco et moi découvrons que les murs de notre chambre que nous croyons noirs de saleté le sont de mouches qui pour l’instant dorment.

Il est passé minuit, étendons nos corps douloureux sur nos durs lits de camp, et dormons aussi.

Seconde journée, 22 mai. Kusch y Nusret.—A cinq heures nos murs s’envolent et le réveil est sonné par trois mille mouches bourdonnantes.

Je me lève et découvre, enclos par les murs du relais, un jardin d’oliviers trapus, à travers lequel court joyeusement un ruisseau qui va se jeter dans un grand étang. Personne n’est debout; les femmes persanes qui sont arrivées hier soir en pèlerinage pour Koum, dorment dans leur voiture. Je cours à l’étang, me déshabille et pique une tête dans l’eau fraîche. C’est la première pleine eau de l’année; il est amusant de la faire au milieu du désert persan. Il semble que je m’y délasse de toutes les fatigues d’hier. Mes amis me rejoignent et se baignent avec moi.

Nous déjeunons près du ruisseau. Nous sommes gais et heureux; nous avons oublié les coups de gourdins.

Nous irions au bout du monde. Emmanuel Bibesco décide de nous accompagner jusqu’à Koum.

Le paysage est ici charmant. Nous sommes dans les montagnes au-dessus du grand lac salé qui montre ses eaux bleues et inattendues dans le désert. Les oliviers, sous lesquels nous nous abritons, sont robustes de tronc et délicats de feuillage; il fait une claire lumière matinale. Le vent qui descend de la montagne nous caresse légèrement.

Vers huit heures, nous repartons pour Koum qui est à soixante kilomètres. Nous n’avons pas besoin de rouler plus d’une minute pour retrouver le supplice de la diligence persane!

Et nous avons déjà vingt-quatre heures de retard sur l’horaire qui devait nous amener en quatre jours à Ispahan!

Nous allons à une désespérante lenteur le long du grand lac salé. La chaleur devient plus forte. Nous nous arrêtons à chaque relais pour boire du thé ou manger un œuf dur.