Nous espérons être à Koum vers le milieu du jour. Mais, voici midi, et c’est en vain que nous cherchons à l’horizon la coupole dorée de Sainte-Fatmeh vers laquelle s’aimante l’espoir de tant de pieux Persans. Koum fut-elle jamais désirée par de plus passionnés voyageurs que nous le sommes?

Au bord du chemin, depuis une heure, s’élèvent des petits tas irréguliers de quatre ou cinq pierres. Ce sont les pèlerins qui dressent ces pierres lorsqu’ils aperçoivent, pour la première ou la dernière fois, la coupole de la mosquée où dort la très sainte Fatmeh, sœur de l’imam Réza, enseveli à Mesched. Secoués et malheureux dans le break infernal, nous interrogeons Aimé, assis sur le siège à côté du cocher. Il ne voit rien. Les pèlerins persans ont de très bons yeux; ce sont sans doute ceux de la foi.

Enfin, vers trois heures, on aperçoit des arbres à l’horizon, d’où sortent des minarets hardis flanquant une coupole qui brille au soleil. C’est Koum.

Koum. La Halte.—Nous descendons au chapar khané qui possède un grand jardin de fleurs et d’arbres. Aussi décidons-nous sur l’heure de nous accorder un repos bien gagné. Nous ne repartirons que demain matin à quatre heures, «in’ch’Allah».

Nous envoyons Aimé au bazar chercher des vivres et de la glace; nous trouvons dans la cour du relais une diligence qui est de même construction que notre break, mais d’une disposition différente et plus spacieuse. Elle a un compartiment de six places sur le devant et un de quatre sur le derrière. Les cloisons sont massives, les banquettes non rembourrées; il y a les mêmes bouts de toile déchirés pour protéger du soleil et, chose plus grave, le même rondin entre les ressorts.

Pourtant nous retenons la diligence. Rien ne pourrait nous obliger à remonter dans le break. Nous le brûlerions plutôt dans la cour pour qu’il ne fasse plus souffrir personne.

Ceci fait, nous nous installons dans le jardin à l’ombre épaisse de mûriers et, couchés sur le dos, attendons que les fruits nous tombent dans la bouche.

Les bagages sont amenés là et les lits de camp. En Perse, il est prudent de ne jamais perdre sa valise de vue.

Il n’y a qu’une chambre au chapar khané. Mais nous sommes si ravis de notre installation en plein air que nous décidons de coucher à la belle étoile. Seul, Emmanuel Bibesco préfère la chambre du relais.

Et d’abord nous mangeons un exquis plat de riz au lait que nous a fait cuire Aimé et que nous inondons de confitures. Puis nous jugeons que notre repos est la chose la plus importante et décidons de faire la sieste pendant deux heures avant d’aller visiter Koum.