Ainsi, l’un attendant l’autre, arrive-t-on facilement à une nouvelle heure de retard. Puis préparer les bagages et les charger sur le toit de la diligence est long, et l’eau ne bout pas pour le thé...

Enfin nous partons vers huit heures de Kachan, dont nous ne voyons que la coupole pointue de la mosquée et des rues en partie ruinées. La voiture de gala du gouverneur nous emmène avec une escorte de cavaliers. Nous la quittons à l’entrée du désert.

Et là, nos tribulations commencent. Nous ne sommes plus dans les montagnes; la chaîne court à une certaine distance à notre droite. Nous avons devant nous un infini désert de sable, fin, roux, sans une pierre, qui s’en va au loin avec de molles ondulations. Les roues de la diligence enfoncent de quinze centimètres dans le sol; parfois nous traversons le lit très large d’une rivière à sec. Les malheureux chevaux travaillent tant qu’ils peuvent, mais par moments s’arrêtent épuisés.

Alors, sous le soleil déjà ardent, nous descendons et poussons aux roues de la diligence. Nous progressons ainsi avec une lenteur extrême. A dix heures, nous ne sommes pas à six kilomètres de Kachan et le premier relais à atteindre est encore à près de vingt kilomètres de nous.

C’est à ce moment que la diligence s’ensable définitivement et que les chevaux refusent de tirer. Il faut attendre qu’ils soient reposés.

Ensablés dans le désert. Quarante degrés à l’ombre!
Mais il n’y a pas d’ombre.

Nous sommes en plein désert; le soleil tombe d’aplomb sur nous et le rayonnement sur les sables amène des vibrations légères au ras du sol.

A gauche, des dunes peu élevées; à droite, nous découvrons une échappée sur une oasis charmante. Des arbres verts se penchent au souffle de la brise. Puisqu’il y a des arbres, de l’eau court à leurs pieds. Nous mourons de soif; les boissons glacées d’hier soir et la chaleur affreuse nous ont desséché la gorge. Deux d’entre nous détèlent un cheval et se dirigent vers l’oasis qui n’est pas à un kilomètre de nous. A peine ont-ils marché cinq minutes qu’ils reviennent. L’oasis, les verdures fraîches, la brise ne sont qu’illusion; nous sommes entourés de sables brûlants.

La fatigue nous accable. L’un de nous dort couché sous la diligence. D’autres descendent un instant; le sable maintenant est si chaud qu’on ne peut le tenir dans la main. Il faut rester à l’abri de la voiture.