Comme nous sommes dans cette quiétude agréable, voilà que la voix d’Aimé de nouveau se fait entendre.
—Tout le monde descend! tout le monde descend, crie-t-il aigrement.
Allons, quoi! qu’y a-t-il encore? Est-ce cette fois-ci, les brigands? Nous n’y voulons plus croire, nous en sommes las, nous les refusons.
Pourtant nous descendons, les armes à la main. Non, les brigands ne sont pas là. Nous sommes au haut d’une pente si raide que le cocher veut alléger sa voiture. Nous nous souvenons de notre émotion du matin, des rochers violets sur lesquels nous avons failli laisser nos palpitantes vies, et nous faisons la descente à pied.
Trois et quatre fois encore, nous sommes obligés de mettre pied à terre. De brigands, point. Vers sept heures et demie, nous arrivons au relais.
Nous interrogeons les gens; aucune troupe de cavaliers n’a passé. Le chemin est donc libre devant nous. Nous décidons à l’unanimité de continuer; nous n’y avons du reste aucun mérite, le chapar khané n’ayant pas le plus fragile abri à nous offrir.
Mais les brigands? était-ce des brigands?
Que sais-je, moi? J’ai raconté les choses telles qu’elles se sont passées. Cette dizaine d’hommes armés jusqu’aux dents avaient quitté pendant notre sieste Imanzadé-Sultan Ibrahim. L’un d’eux était resté pour nous surveiller. Nous voyant prêts à partir, il s’était éloigné au galop.
Je n’en sais pas davantage. Allaient-ils simplement au-devant de la caravane que nous avons vue et parmi les chameliers de laquelle ils avaient peut-être des amis? Avaient-ils au contraire de noires pensées à notre sujet et, à la réflexion, les abandonnèrent-ils?
Le lecteur est maintenant aussi renseigné que nous et décidera. Quoi qu’il en soit, ils nous firent vivre quelques heures de pensées tumultueuses et aiguës.